Albert Camus, le premier homme

N. Lygeros






Albert Camus n’était pas seulement un écrivain. C’était un juste. Il n’était pas seulement un intellectuel engagé. C’était un homme. Il aurait pu être un héros. Il n’a été qu’un survivant. Nous réduisons bien facilement toute une vie à sa plus simple expression, à savoir sa durée. N’est-ce pas le comble de l’absurde ? N’était-elle donc que cela ? Et quid de la gloire comme l’écrivit Albert Camus sur une stèle de Tipasa ? N’était-elle plus le droit d’aimer sans mesure ? Lorsque nous n’avons que l’ocre de la terre, le bleu de la mer et l’éclat du ciel comme seules richesses, qui peut nous détourner de notre but ? Est-ce à dessein que nous mettons les hommes à l ‘ombre ? Est-ce par conscience que nous les noyons de chagrin ? Ou est-ce par nécessité que nous les enterrons ? Sans doute rien de tout cela, si ce n’est la volonté de retrouver à notre manière l’unique paradis auquel nous avons accès malgré les turpitudes de la vie. Albert Camus n’était pas que cela lorsqu’il écrivait l’Exil et le royaume , il n’était pas réduit à cela lorsqu’il rédigeait ses Lettres à un ami allemand , il ne pouvait être que cela lorsqu’il prononçait le Discours de Suède. Tout cela, il ne l’était que dans une simple voiture. Mais avant et après, il était le premier homme qui attendait le dernier, en attendant de voir l’homme tellement absent de son siècle. Toute sa vie dans un siècle, toute sa mort dans la légende des siècles. Il était ainsi même s’il avait pu être un autre. Il avait choisi de demeurer libre dans un monde sans liberté, tout en étant conscient du sacrifice que cela représentait dans une société consensuelle. Albert Camus a livré son combat durant l’occupation allemande, il n’a pas baissé les bras malgré les pressions du régime de Vichy. Dans une France où la traitrise était de mise, résister était un défi. Il n’était le fils de personne mais ne s’abandonna à personne. Il résista de tout son poids de premier homme et de l’envergure de ses écrits. L’histoire lui a donné raison car il y a eu aussi un homme comme Jean Moulin. Cependant ce dernier est mort en 1943. À la même époque, Albert Camus écrivait ses lettres mais aussi les actuelles. Quelques années après il allait livrer un autre combat avec l’Algérie. Cette fois, c’était lui qui ne verrait pas la fin du conflit. Accusé de toutes parts, il n’en a pas moins poursuivi son combat. Il est resté intègre et digne dans une période où les deux étaient suspects et compromettants pour tout homme. Seulement Albert Camus n’était pas n’importe quel homme aussi absurde que cela pouvait paraître. Conscient de tout dans l ‘absence de tout, il ne sera reconnu que par la suite. Il aura la chance de recevoir le prix Nobel en 1957, à l’âge de quarante quatre ans et de mourir en 1960. Sacrifié par l’absurde, il est resté libre malgré la guerre sans nom. C’est à travers sa vie et son œuvre que nous pouvons non seulement comprendre la difficulté d’être un intellectuel engagé mais aussi quelle voie suivre dans un monde où règne la paix artificielle d’une société qui ne cesse d’oublier pour ne pas blesser sa mémoire sans se rendre compte de sa propre négation.







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