Quand la Pravda était la vérité

N. Lygeros

Traduit du Grec par A.-M. Bras




- Pourquoi donnes-tu tant d’importance à ce que tu manges ?
- Parce que je ne peux oublier ces hommes qui ne mangeaient pas.
- Qui ne mangeaient pas ?
- Les Ukrainiens !
- Ne dis pas de mensonges ! Le génocide n’existe pas !
- Mais je n’ai pas parlé de génocide.
- Cela aurait été tes prochaines paroles !
- Et toi, comment le sais-tu ?
- Le parti nous l’a dit...
- Quel parti ? Que vous a-t-il dit ?
- Tu deviens grossier ! Le parti ne nous dit que la vérité.
- Depuis quand ?
- Depuis que l’histoire est morte !
- Et en 1933 que s’est-il passé ?
- Il ne s’est rien passé. La récolte était parmi les meilleures.
- Ils ont fauché les hommes et pas les épis.
- Tu t’occupes de détails.
- Des millions de détails.
- Cela n’a pas d’importance.
- Qu’est-ce qui en a ?
- L’immortalité du système.
- La vérité n’est pas un journal.
- Fais attention !
- Tu vas me dénoncer ?
- Ne soulève pas une croix si tu ne veux pas qu’on te dénonce.
- L’histoire est une.
- Et les péchés nombreux.
- Le châtiment unique. Mais les crimes nombreux.
- Tu es devenu un ennemi du système.
- Je n’avais pas le choix.
- Tais-toi ! Les choses ne sont pas des plaisanteries.
- Pourquoi ?
- Tu es accusé de haute trahison.
- Parce que j’ai parlé de l’Holodomor ?
- Parce que tu crois en ce qui n’existe pas.
- Vous, vous avez créé l’humanisme inexistant.
- Mensonge !
- Personne ne pouvait résister à vos orgies.
- La ferme ! Exécutez-le !
- Voilà les frontières du matérialisme dialectique !
- Feu !
Taras s’écroule mort.







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