Du microcosme au macrocosme via l'approche de Leonardo da Vinci

N. Lygeros




Pour mieux comprendre l’approche de Leonardo da Vinci quant à la nature et l’homme, il est préférable d’étudier les schémas analogiques qu’il utilise pour décrire l’homme plutôt que sa peinture. En effet, cette dernière est par nature une synthèse et il n’est pas aisé d’analyser son substrat cognitif. La référence que nous allons exploiter, utilise les anciens selon la terminologie de Leonardo da Vinci. Elle montre clairement que celui-ci ne rejette pas en bloc la tradition.

« L’homme a été appelé par les anciens microcosme, et certes ce terme est bien employé [...] »

Le microcosme n’est pas celui que nous entendons de nos jours mais bien l’homme. Et cela permet de contextualiser temporellement le discours de Leonardo da Vinci.

« [...] car l’homme est un composé de terre, eau, air et feu, de même le corps de la terre. »

Les quatre éléments sont mentionnés de manière explicite et non à travers la théorie des quatre humeurs. Aussi l’origine de la référence est claire. Dans cette analogie donc, l’homme est comparé à la terre au niveau structurel.

« Si l’homme a les os, support et armature de la chair, le monde a les rochers comme supports de la terre ; [...] »

L’analogie s’effectue non pas sur la nature de la matière mais sur son apparente fonctionnalité. La dureté des deux entités par rapport à ce qui les entoure permet à Leonardo da Vinci de construire son point de référence mécaniste.

« [...] si l’homme porte le lac du sang où le poumon se gonfle et dégonfle dans la respiration, le corps de la terre a son océan qui, lui, croît et décroît toutes les six heures en une respiration cosmique ; [...] »

À une époque où la circulation du sang n’est pas connue dans le sens où nous l’entendons après la découverte de William Harvey, Leonardo da Vinci en parle naturellement de manière quelque peu abstraite. Dans cette partie de l’analyse, le fait le plus important c’est la dynamique et non plus le statique. Son approche se base cette fois sur l’oscillation et la notion de périodicité. Il y a dans le monde et l’homme un rythme analogue. Le principe analogique de Leonardo da Vinci est en place.

« [...] si les veines partent de ce lac de sang, en se ramifiant dans le corps humain, de même l’océan remplit le corps de la terre d’une infinité de veines d’eau. »

Ici nous voyons les limites de cette approche de la circulation et par conséquent le problème de la non symétrie de l’analogie.

« Il manque les nerfs au corps de la terre ; car ils sont faits pour le mouvement, mais le monde, doté d’une stabilité perpétuelle est sans mouvement, et, étant sans mouvement, n’a pas besoin de nerfs. Mais pour le reste, ils ont beaucoup de ressemblances. »

L’analogie devient un outil holistique qui unifie microcosme et macrocosme.







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