Réflexions mauves

N. Lygeros




Je me suis décidé à t’écrire malgré les affres.
Il fallait que la pensée exulte
C’était l’unique moyen.
« Quant à Mauve, je ne puis pas bien t’en parler. »
Est-ce de la nonchalance de ma part ? C’est difficile à dire.
« Je pense chaque jour à lui, voilà tout.»
Je ne sais pas comment l’écrire autrement.
Toute autre phrase serait fausse.
« Sa mort m’a beaucoup frappé,
mais sa personne était peut-être autre chose que ce qu’on a pu dire,
je veux dire que l’homme était peut-être plus profond que l’artiste,
et c’est l’homme que j’ai aimé.»
Il n’y a rien de mal à cela,
Alors pourquoi dois-je tant souffrir de sa perte ?
Peut-être que tu en sauras plus que moi !
« Je puis bien difficilement me représenter
que ceux qui pénètrent jusqu’au noyau de la vie,
qui, en outre, se jugent eux-mêmes comme s’il s’agissait d’autrui
et traitent les autres avec le même sans-gêne que s’il s’agissait d’eux-mêmes,
je puis difficilement imaginer, dis-je,
que de telles gens cessent un jour d’exister. »
Tu comprends, c’est cela le problème.
Car mourir, cela n’est rien en soi.
Mais alors que signifie de vivre pour de tels êtres.
Pourquoi vivre si ce n’est que pour cela ?
À moins que, mais tu en sais autant que moi à ce sujet.
Voilà, tu vois, je me suis donné tout ce mal pour t’écrire
et, à présent, j’ai l’impression de n’avoir rien écrit.
Ce sera tout de même suffisant
pour que tu comprennes, mon cher Théo,
combien cette existence me manque.
En espérant que ces réflexions mauves
ne t’attristent pas autant que moi ;
je t’embrasse, mon frère,

t. à t. Vincent







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