Sur le bateau de sable

N. Lygeros




Qui n’a jamais traversé l’Arménie ne peut se rendre compte de son air marin. Certes l’Arménie est la terre des pierres et personne ne peut le contester. Seulement il ne faut pas se laisser aller et s’en tenir à cette image. Car ce serait oublier le déluge et la légende de l’Ararat ! Et dans ce cas où puiser notre force pour comprendre la nécessité de notre combat face à la barbarie ? Aussi il ne faut pas être surpris par l’expression : bateau de sable. Cette image semble incongrue lorsque nous regardons la géographie de l’Arménie actuelle. Mais pourquoi oublier la Cilicie ? Est-ce parce que les Turcs ne peuvent imaginer Leonardo da Vinci voguant entre Chypre et l’Arménie ? Néanmoins la raison de notre choix n’est pas celle-ci. Elle correspond au cadre de notre réflexion sur le temps et l’humanité. Car nous pensons que c’est celui qui convient pour mieux saisir la richesse de l’arménité. C’est uniquement dans le temps que l’expression bateau de sable prend tout son sens. Certains pourraient rétorquer que dans ce cas-là, il aurait été préférable de choisir celle de bateau de pierre mais ce serait à nouveau oublier un point fondamental, à savoir la diaspora. Voilà pourquoi l’image du sable est plus révélatrice. Les Arméniens sont comme ces grains de sable éparpillés par le vent aux quatre coins du monde mais conscients de leur nature commune. Chacun d’entre eux peut interpréter son histoire comme une brisure humaine. Mais il peut aussi choisir de voir dans l’avenir la possible union de ces grains afin d’obtenir la légendaire transparence du verre et jouer le rôle de symbole de civilisation. Cependant l’examen stratégique de la situation de l’Arménie dans le cadre de l’arménité, incite à penser que le modèle du grain de sable est plus robuste face aux attaques incessantes de la barbarie. D’autres penseront sans doute qu’il est difficile d’imaginer un bateau de sable en train de naviguer. Ils doivent simplement se rappeler que cette difficulté existe aussi pour nos ennemis et mettre en difficulté le dogme ennemi, représente déjà un gain en soi. Seulement celui-ci doit être exploité dans le cadre d’une contre-attaque de la civilisation face à la barbarie. Comme nous le faisons aussi avec des sacs de sable pour protéger les tranchées des combattants. Il faut dire que le sable allie deux qualités paradoxales à savoir la robustesse, comme nous l’avons déjà mentionné, mais aussi la fluidité qui permet une reconfiguration rapide et efficace en fonction des besoins. D’ailleurs, n’utilisons-nous pas des sacs de sable en cas d’inondation : des vagues de dunes pour arrêter les vagues, comme dirait Jacques Brel.
Aussi l’important pour le bateau de sable que représente l’Arménie, l’essentiel, c’est la prise de conscience de cette réalité par ses constituants. Les Arméniens de la diaspora comprendront sans doute mieux la métaphore mais de toute façon ce sera dans le même but à savoir la traversée du temps par l’humanité de l’arménité. Il ne s’agit donc pas seulement d’une image poétique mais surtout d’une structure stratégique.







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