Le lac de la mémoire (17)

N. Lygeros

Traduit du Grec par l'auteur




Le petit-fils du voleur se rappela les paroles de son père et c'était comme s'il les voyait devant lui quand il faisait le tour du lac. Chaque point lui rappelait le premier voyage du voleur. Et même les minarets étaient un témoignage. Immobiles de terreur, provoquée par le passage du voleur, ils admiraient la beauté et la bravoure de sa bien-aimée : les trente baisers du soleil qui l'accompagnaient où qu'il allât, même dans les endroits les plus sombres de sa patrie occupée par les Turcs. Seuls sur le lac, ils regardaient son horizon. Enclavé dans la terre, il baignait le pays. Le lac était le seul à lever le soleil. Il avait bu tout son poids. Le petit-fils les voyait enlacés comme s'ils étaient l'âme et la vie du même corps. Le cadeau de la vie et le rocher de l'âme naviguaient sur le lac de la mémoire. Quand il passa derrière la petite île et qu'il fit face aux morceaux de son peuple, la douleur de son coeur devint insupportable. Il savait que le voleur avait pleuré leur misère, cependant au même endroit il avait pris sa décision. C'était ici qu'il livrerait la bataille de sa vie. Même si son âme devait mourir deux fois. Dans ses bras il avait les trente baisers du soleil, et la terre devint corps. Il regardait l'île et voyait la mémoire du futur. Un jour, sa patrie aussi serait libre sur le bleu de la mer et sous le blanc du ciel. Seulement le soleil devait tourner et la nuit devait passer. A son retour, quand le lac se confondait désormais avec le ciel et que la ville était devenue une ligne lumineuse, le petit-fils vit ses ancêtres retourner sur leur terre. La vie et l'âme avaient volé la mémoire du lac pour semer la graine de la liberté au sein de la résistance et du sacrifice du peuple.







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