Sur l'oeuvre holistique du génie universel

N. Lygeros




« La fissure qui apparaît dans l’unité organique d’une œuvre d’art, on tente de la boucher avec de la paille; mais afin d’apaiser sa conscience on prend de la meilleure paille. ».
Albert Einstein

En reprenant les propos d’Albert Einstein à l’occasion du décès d’un ami, nous pourrions les appliquer au génie universel. Sa vie est une œuvre d’art. Et à l’instar d’une mosaïque elle est formée de tesselles qui semblent hétéroclites pour un observateur normal. C’est pour cette raison que nous entendons souvent le raisonnement trivial au sujet de la dispersion des intérêts, comme si le génie universel devait de concentrer sur un point particulier pour concurrencer une personne talentueuse, comme si un peintre devait se spécialiser dans une seule couleur pour concurrencer le peintre en bâtiment. Comme nous l’avons suggéré dans le cadre de la hiérarchie hyperbolique cette approche est un non sens car le génie universel ne peut être abordé que de manière holistique. Il forme un tout et non une partie. Son domaine c’est la pensée, son champ d’étude, le monde. Aussi nous ne pouvons réduire à une entité simple le rôle du visionnaire réalisateur à l’instar du stratégiste stratège.

Aussi lorsque nous tentons de reconstruire l’apport de l’ œuvre du génie universel, il est inutile de la disséquer en petits morceaux pour la comprendre. Il est nécessaire de partir du principe que l’approche globale est certes difficile mais c’est la seule que nous avons. Toutes les autres ne sont que de pâles tentatives pour justifier nos actions qui n’ont pas le but de comprendre mais de montrer l’incompréhensible. Cette bonne conscience qu’ont certains archivistes dépourvus de toute imagination ne peut justifier leur travail si ce dernier n’embrasse pas l’ensemble de l’ œuvre et surtout la structure de celle-ci car l’ensemble n’est qu’un élément de celle-ci. Il ne peut s’agir donc d’un simple travail de restauration comme l’entendent certains même s’ils affublent leur travail d’un immense et savant appareil critique. Ils prétendent parfois mettre en valeur par ce biais l’ œuvre du génie universel, mais en réalité il ne s’agit que d’une farce dans tous les sens du terme. Les seules personnes qui soient capables de comprendre les génies universels, ce ne sont pas les savants ou les spécialistes comme l’affirme la société, mais les génies universels. Si nous pensons que cela les rend inaccessibles, peu importe, notre rôle doit être celui du lien ou du réseau pour reprendre un terme plus moderne. Car rien ne remplace l’original.

L’une des heuristiques d’Alexander Grothendieck nous semble plus pertinente pour aborder l’ œuvre holistique du génie universel. La mise en faisceaux d’ œuvres qui constitue l’ œuvre principale permet d’une part d’établir une distinction claire entre les parties et le tout, et d’autre part d’exploiter les parties afin que chacune éclaire les autres, créant ainsi une synergie qui une fois transformée en abduction créative peut amener à s’approcher de l’ œuvre. Via ce schéma mental, nous pouvons construire un modèle abstrait de l’ œuvre qui sans tenir compte de certains détails permet d’avoir une vision claire de la structure de l’ œuvre . Ensuite selon la capacité de chacun la structure peut être enrichie afin d’expliciter l’apport effectif du génie universel tout en acceptant le principe que cela ne peut être une complétion qui via la compression et compréhension d’un autre génie universel.







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