De la fin des empires aux failles des systèmes démocratiques

N. Lygeros




En parcourant l’histoire des empires et en particulier celle de leur fin, il est surprenant de constater à quel point les gens qui vivaient dans ces empires étaient inconscients quant à leur sort, même lorsque certaines décisions étaient prises à quelques années seulement de la chute. Il est vrai que ce phénomène a de quoi surprendre si nous le réduisons à un problème d’ordre noétique. Cependant l’aveuglement des populations n’est pas de cet ordre. Il s’explique d’une part de manière comportementale pour ainsi dire éthologique et d’autre part de manière sociologique. Il ne faut pas oublier que tout système part du principe que la population ne doit pas être informée des défaillances de celui-ci. Et les pays de l’Europe de l’Est sont des exemples frappants de cette méthodologie. De plus tout l’appareil de propagande est là pour convaincre sa propre population de sa suprématie malgré l’opposition cuisante de la réalité. Ceci a particulièrement été mis en évidence avec les actualités allemandes au moment de la débandade de l’appareil nazi. Par ailleurs au niveau du centre de la structure, il est difficile de se rendre compte par soi-même des problèmes rencontrés aux frontières. Nous pourrions dire en résumé que l’information ne passe pas et l’exemple typique est celui de l’empire romain.

Dans ce cadre général, il semble donc évident que pour la population d’un système suffisamment grand, il existe une difficulté intrinsèque qui empêche celle-ci d’avoir une vision correcte de son avenir. Aussi comment pourrait-elle savoir que certaines décisions peuvent compromettre à jamais son futur ? Pourtant ces schémas mentaux qui se répètent dans l’histoire des empires et plus généralement des structures diachroniques, sont là non seulement comme points de référence historiques mais surtout comme modèles d’écueils à éviter.

Malgré cela, dans un système donné, tout se passe comme si tout le monde était persuadé de son immortalité, aussi tout le monde agit sans remettre en cause des principes d’inertie naturelle. Le problème n’est pas tant la population qui n’a pour ainsi dire pas son mot à dire à grande échelle mais l’appareil diplomatique qui submergé par la puissance d’un dogme artificiel et fallacieux d’immortalité prend des risques inconsidérés sans même réaliser la portée de ceux-ci.

Tout le monde connaît la mollesse inhérente des systèmes démocratiques face à des systèmes dictatoriaux malgré cela nous entendons les mêmes discours positifs qui cachent avec peine l’incapacité de prendre des décisions politiques. Dans un mélange confus d’informations incohérentes, tout phénomène de résistance est voué à l’échec car il n’y a pas véritablement de cible claire. Pendant ce temps, chaque étape dans ce dialogue qui se veut diplomatique et consensuel, est un pas de plus dans la réalisation d’objectifs concrets pour les systèmes dictatoriaux.

Ces derniers connaissant la difficulté et la complexité des négociations lorsque les partenaires ne sont pas tous du même avis, ils exploitent toutes les failles du système démocratique en agissant en apparence comme ce dernier. Mais ce qui est acquis sert de base à un nouvel objectif.







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