La réalité économique des négociations européennes

N. Lygeros




Comme certains, même en France, sont dépourvus sur le plan de l'éthique, ils n'ont que faire des problèmes kurdes, arméniens, grecs et chypriotes, de la reconnaissance des génocides et plus généralement de tout ce qui se rapporte aux droits de l'homme, aussi ils se concentrent sur des arguments économiques sans pour autant mentionner les difficultés que le rapport européen ne cache pas. Ce dernier même dans sa version résumée explicite que l'incidence budgétaire de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne ne pourra être pleinement mesurée qu'une fois les paramètres des négociations financières définis ; en précisant toutefois, qu'il est clair que cette incidence budgétaire serait substantielle sur la base des politiques actuelles. Dans son annexe, le rapport met en évidence qu'en dépit des avancées législatives, la corruption reste un grave problème dans pratiquement tous les domaines de l'économie et des affaires publiques. S'agissant de la fiscalité, de timides avancées ont été enregistrées dans le domaine de la fiscalité indirecte, mais rien n'a bougé en matière de fiscalité directe ou de coopération administrative. Par ailleurs, la capacité administrative demande à être considérablement renforcée, notamment pour améliorer la perception de l'impôt. Aucune évolution n'a été enregistrée depuis le dernier rapport régulier dans le domaine de l'union économique et monétaire et, globalement, l'alignement est peu avancé. La Turquie a quelque peu progressé dans le domaine de l'énergie, bien que le degré d'alignement n'en reste pas moins toujours limité et inégal à travers les différents secteurs couverts par l'acquis.

Dans la section qui s'intitule la dimension économique, le document de travail des services de la commission est encore plus clair. La Turquie est considérée comme un pays à revenu intermédiaire inférieur. Son revenu par habitant est assez bas par rapport à celui de l'Union Européenne. Le PIB par habitant exprimé en pouvoir d'achat (SPA) représentait en 2003 28,5% de la moyenne de l'Union européenne des 25. Mesuré en prix courants en 2003, le PIB de la Turquie était équivalent à environ 2% du PIB de l'Union Européenne des 25. Il faut donc s'attendre à une distribution inégale des retombées économiques de l'adhésion à l'Union européenne, celles-ci étant faibles pour l'UE des 25 dans son ensemble et beaucoup plus importantes pour la Turquie. Les retombées pour l'UE dépendent dans une très large mesure de la capacité de l'économie turque à se préparer à l'adhésion. Jusqu'à une époque récente, le système financier de la Turquie suscitait la méfiance des investisseurs en raison de graves déséquilibres macroéconomiques et structurels. Après la crise financière de 2001, la mise en place d'un vaste programme de restructuration et l'application de normes internationales ont assaini le secteur bancaire. Ce processus est cependant loin d'être achevé, selon les propres mots de la commission. Dans ces conditions, il est tout simplement incongru d'entendre qu'il existe des arguments économiques puissants qui permettent aux cyniques de bafouer les droits de l'homme.







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