Sur la signification humaine du quintette à cordes en ut majeur de Schubert

N. Lygeros




Ce quintette à cordes écrit en 1828 par un Schubert libéré de l'influence directe du style de Beethoven, s'inspire, c'est vrai, du quintette en ut majeur (K 515) de Mozart, mais à l'encontre de ces deux maîtres, cette fois ce n'est pas l'alto qui est doublé mais le violoncelle, dont les caractéristiques musicales s'approchent plus de la voix humaine. Certains n'y verront qu'un choix ou une innovation technique, pour notre part, nous lui associons l'humanité du compositeur. Et nous voyons dans les thèmes non classiques qui se suffisent à eux-mêmes, non seulement la preuve de son originalité mais l'expression d'une nécessité qui marque la nature humaine. Les thèmes sont exploités jusqu'à épuisement, à l'instar d'une vie qui s'achève. Aussi il ne s'agit pas d'un simple style musical, mais d'une épreuve sentimentale qui discerne sa propre fin à un instant où nul ne s'en doute. A travers cette œuvre, il ne faut pas se contenter de discerner et de s'émerveiller, il faut tenter l'impossible pour la comprendre. La richesse des inventions mélodiques et l'audace de l'écriture harmonique sont certes importantes mais elles ne représentent pas le fondement de cette œuvre romantique. Il faut voir dans celle-ci une interprétation musicale de l'humanité, une humanité caractérisée par la grandeur de ses faiblesses et par le sentiment de complétude. Cette complétude qui confine la quiétude de l'inquiétude dans l'existence humaine. Et si l'Adagio a un sens dans cette œuvre, c'est bien celui-ci. Sans que nous soyons conscients de toutes les souffrances éprouvées par Schubert, notre empathie ne peut être insensible à son cri déchirant qui emprunte les deux violoncelles pour s'exprimer. En quelques notes, il parvient à nous faire comprendre l'indicible. Car là où la plupart des gens regardent l'insouciance de vivre, d'autres hommes voient les ombres menaçantes, à l'image de l'existence humaine qui navigue avec peine dans le maelström d'une réalité inconnue. Pour Schubert, il n'existe pas de calme sanctuaire musical. La musique à travers la composition, est une nécessité qui ne doit rien au hasard. Elle s'oppose au caractère inéluctable de la vie en recherchant à travers lui le sentiment de complétude de l'œuvre achevée malgré la fatalité. Dans ce quintette en ut majeur, il tente désespérément non pas de nous envoyer un dernier message mais tout simplement de dire qu'il existe malgré tout et malgré tous pour offrir à l'Humanité la seule chose qu'il possède vraiment, à savoir l'humanité de son génie.







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