Dans le café de nuit

– Ne parle pas si fort !

– Pourquoi donc ?

– Ils vont nous entendre…

– Qui ?

– Eux…

– Ils sont comme tout le monde… Ils dorment à cette heure-là.

– Lui aussi ?

Il se penche pour examiner une personne accoudée à une table.

– Peut-être pas…

– Alors il pourrait nous entendre…

– Nous n’avons rien fait de mal !

– Justement !

– Justement quoi ?

– Cela est suspect pour la société…

– Tu plaisantes ?

– Point du tout… Un temps. C’était ainsi dans les mines.

– Ici c’est différent !

– Je ne comprends pas.

– C’est le pays de la lumière… Regarde les lustres …

– Ils brillent drôlement.

– Surtout celui-ci…

– Nous devrions partir… Il est tard…

– Le tenancier ne semble pas pressé.

– Personne ne viendra jouer au billard avec lui.

– Il le sait bien.

– Alors que fait-il ainsi ?

– Il pose pour nous.

– Pour nous ou pour toi ?

– Je ne sais pas.

– Tu vas peut-être le peindre alors…

– C’est possible.

– Et les deux amis à l’autre table ?

– Je n’osais y penser.

– Ose, Vincent, ose… Grâce à toi, le monde est plus beau.

– Dans mes tableaux… mais dans la vie…

– La vie est passagère …

– Que veux-tu dire ?

– Ne donne pas de l’importance à la fragilité du présent.

– À quoi alors ?

– À tes tableaux ! Nous n’existerons qu’à travers eux pour les hommes de l’avenir.

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