Voltaire et la Constitution

N. Lygeros




En étudiant la Constitution Européenne et en particulier la seconde partie, nous ne pouvons manquer d’observer l’influence du siècle des Lumières et plus précisément de Voltaire. En effet, malgré les réticences de certains analystes, cette Constitution Européenne n’est pas une pâle copie d’un humanisme passif dégénéré. Au contraire, l’influence d’un humanisme offensif, i.e. revendicatif, est très nette. A l’instar de la mentation de Voltaire qui a livré des batailles juridiques au profit de victimes du système, l’esprit qui se dégage de la Constitution Européenne prouve qu’elle est consciente d’un principe à savoir que le droit n’existe que s’il est revendiqué. C’est pour cette raison que l’Union Européenne cette fois, se dote d’une Constitution qui lui permet de renforcer ses structures en les rendant plus efficaces. Cependant la mauvaise foi ne voit en cela qu’une rigidification des procédures et réduit cette tentative à une restriction. De la même manière, certains ne voient pas en Voltaire l’esprit du siècle des Lumières mais seulement un individu sarcastique. Le système et la masse suivent en l’occurrence le même schéma mental. Si la structure est cohérente et capable de lutter contre l’injustice alors elle est a priori dangereuse et il est nécessaire de la dénigrer. Pourtant il est réellement difficile de trouver un point objectivement négatif dans cette seconde partie qui concerne les droits de l’homme. Tout ce qui existe déjà est renforcé et les innovations permettent d’étendre les droits de l’homme à un niveau véritablement européen qui correspond parfaitement à la devise de l’Union Européenne : unie dans la diversité. En effet, l’esprit voltairien se retrouve aussi dans le domaine des religions puisque la Constitution va au-delà de celles-ci afin de recentrer ses fondements sur l’homme. En acceptant la diversité comme principe fondamental, l’Union Européenne via sa Constitution se dote d’une structure évolutive et dynamique qui permet l’existence du non équilibre afin de laisser la place à la créativité en nomologie. Ainsi, même si certains le font justement remarquer le domaine social n’est pas couvert en raison de l’inexistence d’un consensus parmi les états membres, la Constitution Européenne établit un ensemble cohérent qui pourra être complété au fur et à mesure des négociations ultérieures. Même si elle n’est pas complète, elle est donc ouverte. De plus, elle se base sur des acquis dans le domaine des droits de l’homme. Elle représente ainsi la continuation de la déclaration universelle des droits de l’homme mais aussi la cohérence de nombreuses tentatives et réalisations de l’action humanitaire. Il ne faut pas oublier, de plus, qu’elle constitue un équilibre de Nash au sein des états membres, aussi nous ne pouvons lui demander plus que ce qu’elle n’est actuellement. Cependant cela ne signifie pas que la Constitution Européenne est une fin en soi. Ce n’est qu’un début, une plate-forme pour d’autres conquêtes de l’Homme dans le domaine du droit international à l’instar de Voltaire qui n’était que le germe d’une révolution intellectuelle.







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