L'homme en noir et blanc

N. Lygeros

Traduit du Grec par A.-M. Bras




L’appartement était rempli de couleurs.
Les murs, les meubles et même les livres étaient couleurs.
Chaudes.

Rien n’était noir ni blanc.
Quelqu’un les avait interdites. Ou elles n’existaient plus.
Qui sait ?

La pièce était lumineuse.
Un balcon ouvert sur le monde.
Mais le monde était vide.

Il tenait le monde entier dans ses mains.
Son unique livre.
Et son dernier peut-être.

Il lisait les lettres noires sur le papier blanc.
L’encre coulait en lui.

Son corps supportait les affres de la douleur.
Mais au moins il était en vie.

Il ne se rappelait plus combien de poids il avait porté.
Une seule chose était certaine, le poids de la lumière.

Il ne pleurait pas. Il ne pouvait pas.
Il n’avait pas appris.

Il savait seulement travailler jour et nuit.
Il ne vivait que la nuit.
Après le gagne-pain.

Et après le tout du quotidien, il lisait le rien.
Il lisait pour ne pas oublier.
Il ne fallait pas oublier.
Les couleurs de l’invisible.







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