La Constitution européenne et les valeurs humaines

N. Lygeros




De nombreuse personnes, sans doute sous l’influence de réflexes pavloviens sont persuadées que le problème de la ratification du traité établissant la Constitution européenne est uniquement une affaire interne voir nationale. Les faits et le contenu de ce texte prouvent le contraire. La vision de la Constitution européenne ne saurait se restreindre ni à un problème national puisque par définition de son caractère européen, le cadre national est tout simplement hors contexte, du moins au sein de l’Union Européenne. Elle ne peut pas non plus être réduite à une affaire interne puisqu’elle possède une charte pour les droits fondamentaux. En réalité cette dernière permet d’asseoir les droits de l’homme sur une base plus solide et plus consistante, de manière à servir de point de référence à d’autres peuples qui ne sont pas étatiquement parlant européens mais dont la population vit en Europe et surtout dans l’Union Européenne. C’est le cas pour le peuple arménien dont le territoire est encore actuellement occupé et pour le peuple kurde qui n’a tout simplement pas d’état pour le moment. Dans les deux cas critiques qui vivent les conséquences de l’impérialisme du régime militaire turc, la Constitution européenne n’est pas une abstraction politique ou législative. Elle permet entre autres de renforcer la structure de la Cour de justice européenne pour les droits de l’homme. Ce point sans doute peu important pour les entités nationalistes locales, représente au contraire le fer de lance d’une stratégie à mener comme le montrent les recours massifs de la part de chypriotes à l’encontre de la Turquie pour non jouissance de propriété mais aussi les actions de la part de la Turquie qui tente vainement d’influencer la Cour de justice européenne. Les articles de la Constitution européenne sont très clairs en qui concerne les critères d’adhésion, et le fait qu’ils s’appuient sur les droits de l’homme, ne peut que renforcer même si c’est indirectement, la cause arménienne et la cause kurde. Car dans les deux cas il est inadmissible que nous tolérions la non reconnaissance du génocide arménien de 1915, et l’inexistence d’un Etat kurde alors que la population de celui-ci s’élève à 20 millions de personnes. Pour ces deux peuples, l’appui de l’Union Européenne est particulièrement important, surtout en cette période de crise. Tous les deux exclus des accords de Lausanne en 1923 en subissent encore les répercussions. Face à un régime militaire totalitaire qui bafoue les droits fondamentaux des peuples arménien, kurde mais aussi chypriote et grec, l’Union Européenne doit être forte et avoir une politique cohérente et coordonnée en matière d’affaires étrangères. Nous seuls pouvons être les alliés de ces peuples face à un ennemi commun qui est prêt à commettre un génocide de la mémoire afin que tout le monde oublie comment s’est érigé son pouvoir étatique. La Constitution européenne ne concerne pas seulement les Nations, les Etats membres de l’Union européenne mais l’ensemble des peuples qui souffrent et qui veulent vivre libres. Nous devons être conscients de notre rôle à jouer dans ce sens là et comprendre la nécessité de ratifier la Constitution européenne sans nous enclaver nous-mêmes dans des problèmes de politique locale et nationale. Nous ne devons pas nous contenter des lois mais devons être sensibles à l’esprit des lois car les premières ne font que gérer le présent dans la mesure du possible tandis que le second construit l’avenir des peuples libres de penser et de vivre.







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