Génocide des Arméniens : reconnaissance et stratégie. Yevrobatsi.org 28/07/2005.

N. Lygeros




L’œuvre pour la reconnaissance du génocide des Arméniens est absolument colossale. Ses défenseurs en sont conscients et ses ennemis le savent encore bien mieux car ils en subissent les conséquences. C’est aussi pour cette raison qu’ils changent de tactique afin de minimiser l’envergure du problème et le rendre comparable à un autre. Aussi il ne suffit plus d’affirmer haut et fort qu’un crime de guerre est imprescriptible car ils se contentent d’affirmer soit qu’il n’y a pas eu de guerre soit que la guerre permet de passer outre un certain nombre de droits fondamentaux. Cependant la très longue durée de cette lutte pour la reconnaissance du génocide nous fait parfois oublier le cadre initial du génocide lui-même. Ainsi dans cette lutte pour les droits de l’homme nous oublions l’aspect stratégique de l’ensemble. Pourtant le génocide des Arméniens fait partie prenante de la stratégie et pas seulement militaire. Il ne s’agit pas pour nous du moins ici, d’analyser les causes du génocide. Le génocide des Arméniens est un fait, une réalité que nous ne pouvons remettre en cause. Notre but est autre. Il concerne l’étude des moyens qui doivent être mis en place pour combattre la nouvelle forme de révisionnisme. Notre réponse ne doit pas être une revanche mais une revendication. Cependant celle-ci doit être dynamique et non passive. Cette bataille concerne aussi une réflexion de théorie des jeux dans un cadre non coopératif. Pour que la reconnaissance soit effective, elle ne doit pas seulement comporter un coût stratégique pour l’adversaire. Non, ce qu’il faut c’est que la non reconnaissance constitue un coût bien supérieur à cela, de manière à imposer notre objectif. Tant que nous nous contenterons d’une approche classique, la propagande turque tentera par tous les moyens de désinformer afin de minimiser l’impact. Si nous désirons vraiment une reconnaissance dans ce nouveau contexte notre pensée doit être stratégique. Car nous avons besoin d’une stratégie dominante dans ce jeu formel qui n’a rien d’un jeu puisqu’il représente la mémoire et la souffrance de plus d’un million et demie de victimes. Ce coût stratégique peut être constitué d’un mix dont l’un des éléments concerne l’économie. Car comme nous l’avons toujours affirmé dans le domaine des droits de l’homme, même si l’économie n’est pas éthique en soi, elle peut servir de dynamique de l’éthique. Et une des manières de procéder, c’est de faire des recours. Non pas des recours ponctuels mais des recours systématiques dont le coût économique pour le régime militaire turc devienne si important qu’il se transforme en coût stratégique. En stratégie, le meilleur coup n’est pas celui qui représente le meilleur choix pour soi mais le plus grand coût pour l’adversaire. Cette notion de Lasker est absolument fondamentale et ce, particulièrement pour des jeux qui n’appartiennent pas à la théorie de Von Neumann-Morgenstern car il n’y a pas d’équivalence formelle. Ce type de principe qui est largement utilisé en stratégie comme le prouve la dissuasion n’a pas encore été exploité dans le domaine des droits de l’homme qui est traditionnellement très conservateur. Cependant nous devons prendre conscience du fait qu’il ne s’agit plus d’une guerre conventionnelle sans stratégie de petite guerre, même si la cause est juste elle peut être perdue en raison de l’asymétrie des puissances. Face à la propagande turque le génocide des Arméniens a besoin de stratégie non conventionnelle.









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