Le choc, la manoeuvre et le feu en tant que modalités stratégiques

N. Lygeros




La puissance de la combinatoire est telle, qu’un petit ensemble d’éléments fondamentaux dans un cadre relativement restreint permet un très grand nombre de possibilités d’action. Ce principe s’applique naturellement à la stratégie qui peut être considérée comme un ensemble de choix pour résoudre un problème donné. Ce cadre qui pourrait sembler très limité pour permettre le déploiement de cette notion, est en réalité immense. Car même si nous créons des catégories pour mettre en évidence certaines modalités de la stratégie, il n’en demeure pas moins que celle-ci n’est pas déterminée. La puissance de la combinatoire lui donne une grande flexibilité dans son choix d’action. C’est pour cette raison que nous observons des tentatives de classification, car tous les stratégistes savent qu’il ne s’agit pas de fixer la stratégie car elle est dynamique par essence mais simplement de classifier sa base axiomatique. Ainsi Miksche a proposé un modèle binaire pour la tactique mais qui peut être transposé à la stratégie qui peut donc être considérée comme une combinaison de feu et de mouvement. Cela permet entre autres de mettre en évidence la dualité stratégie/tactique en posant dans une première approche que la stratégie est mouvement et la tactique, feu. Pourtant, il semble nécessaire via les travaux de Clausewitz d’introduire un troisième terme à savoir la manœuvre afin de créer un système ternaire qui offre la possibilité d’incorporer des éléments diachroniques qui sont essentiels en stratégie afin qu’elle s’applique à l’art de la guerre. Ainsi nous pouvons avoir un schéma évolutif et en tout cas dynamique qui transforme le choc en manœuvre, et la manœuvre en feu. Cette manière de faire permet aussi d’exploiter le modèle d’interpolation de Newton et de placer dans ce champ à trois attracteurs l’étendue de leur bassin d’attraction afin de visualiser l’évolution temporelle à travers les choix stratégiques. De plus chacune des trois modalités peut être analysée sur le plan tactique et le plan stratégique triplant ainsi la dualité. Nous retrouvons ces mêmes approches au jeu d’échecs avec les ouvertures ouvertes qui correspondent au choc puisque les attaques sont directes et surtout frontales, les ouvertures semi-fermées qui évitent l’affrontement direct et qui correspondent à la manœuvre, et enfin les ouvertures fermées qui s’occupent d’abord de construire une solide défense avant d’entamer une quelconque attaque et qui correspondent formellement au feu même si l’analogie est quelque peu forcée par rapport aux précédentes qui sont naturelles car cette fois le feu est mis en relation via le temps et non l’espace. Même si nous pouvons avoir tendance à opposer les deux premières modalités, il faut avoir conscience du fait que c’est la troisième qui domine actuellement les conflits. Son importance est liée au facteur technologique qui se développe dans cette modalité avec plus de liberté que dans les autres. De plus le feu permet l’éloignement du choc qui est dangereux en raison de sa brutalité pour les deux adversaires et il combine le local-global avec la manœuvre. La manœuvre est indirecte avec le feu car elle est effectuée au niveau local et non global elle demeure inaccessible à l’ennemi du point de vue tactique, ce qui augmente son intérêt stratégique.







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