Ludwig Wittgenstein ou la synthèse de l'image et du langage

N. Lygeros




Conscient de la supériorité de la sémantique sur la syntaxe, Ludwig Wittgenstein s'est toujours attaché à une utilisation du langage qui n'aliène pas la pensée. Le langage étant le medium principal de la pensée (du moins pour le moment) le locuteur - représentation verbale du penseur - doit être extrêmement vigilant quant au choix de ses termes afin d'exprimer, et ce de manière unique, l'idée qu'il a conçue. L'une des méthodes développées par Ludwig Wittgenstein pour mettre en évidence le problème de la polysémie est l'étude des jeux de langage. Cela lui a permis d'aller à l'essentiel grâce à une suite de formules univoques - chargées de sens - qui constituait un schéma structuré isomorphe à une image mentale. En effet son lecteur - s'il a lui-même un esprit suffisamment abstrait - saisit globalement le motif de la démonstration sans se perdre dans un dédale d'interprétations erronées qu'engendre un texte non réfléchi.

Ainsi que l'a noté Thomas Riepe (Wittgenstein's thinking), Ludwig Wittgenstein n'a pas choisi d'améliorer son point le plus faible (les erreurs de syntaxe) mais de développer son point le plus fort (la puissance de sa sémantique à travers une syntaxe originale et innovante). Un choix crucial dans la création de son oeuvre. Nous pensons de plus que ce choix est générique. En effet, il faut consacrer sa créativité à ce que l'on sait faire de mieux.

Plongeons à présent le problème soulevé par Machteld Vos de Wael (Image-thinking) dans le cadre d'une problématique spécifique sur le langage et l'image dans l'oeuvre de Wittgenstein. Il est pour ainsi dire clair qu'il n'y a pas de dichotomie évidente entre ces deux aspects de sa pensée. Son oeuvre montre, de manière effective, que sa pensée se construit sur la combinaison des deux.

Il est vrai que le langage peut sembler être, au premier abord, une forme à une dimension de la pensée alors que l'image est à plusieurs dimensions. Cependant même si cette proposition était vraie elle n'impliquerait pas une hiérarchie dans la pensée en faveur de l'image. En effet, dans le cas extrême des mathématiques, il est tout à fait courant d'aborder des problèmes à travers ces deux points de vue (langage : combinatoire) et (image : géométrie). Suivant la nature du problème l'une de ces deux options est plus efficace que l'autre.

La véracité de la proposition initiale du précédent paragraphe serait due à l'hypothèse implicite suivante : la suprématie de l'espace ou de la vision synchronique. Mais comment ne pas voir que le langage recèle en lui des dimensions temporelles plus nombreuses que celle d'une image et qu'il est donc plus riche sur le plan diachronique. Un phénomène connu des créateurs de tests puisque les tests verbaux nécessitent pour être résolus une intelligence cristallisée alors que les autres privilégient une intelligence fluide.

Aussi si l'on considère l'image et le langage dans l'espacetemps cognitif, leur rôle est dual. Il est d'ailleurs remarquable que cette idée soit déjà contenue dans la langue. En effet au moins en français et en grec pour exprimer le mot comprendre nous pouvons utiliser aussi bien le mot entendre que le mot voir.

Il est vrai que chacun d'entre nous a non seulement une activité mentale propre mais aussi un caractère qui influe sans aucun doute sur le choix de stratégies de résolution. Néanmoins nous sommes encore plus forts (brainpower) lorsque nous sommes capables - via un processus conscient de synthèse - d'exploiter dans leur pleine mesure tous les outils dont dispose notre pensée.







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