Sur les critères épistémologiques de Feyerabend

N. Lygeros




A travers ses critiques du formalisme et du dogmatisme épistémologiques, Paul Karl Feyerabend touche les limites de l’entité scientifique. L’absence de méthodologie universelle pour résoudre des problèmes ne remet pas en cause la recherche comme le prouve l’exemple caractéristique de Pólya. Seulement dans ce contexte, Feyerabend s’interroge même sur la notion de critère et bien sûr son objectivité. Ainsi il met à mal le critère de consistance comme nous l’avons vu dans un précédent article car il le considère comme une forme de conservatisme qui permet de sauvegarder certains acquis des précédentes théories alors que ceux-ci peuvent aussi être des préjugés. Il est important de noter ici une similitude certaine avec les problèmes que nous rencontrons en algorithmie génétique avec la détermination de la fonction d’évaluation. Car celle-ci ne doit ni trop rejeter ni trop sauvegarder des anciennes données si nous désirons que le programme soit efficace. Cependant dans des cas extrêmes, nous pouvons avoir besoin d’un eugénisme fort.

De ce point de vue, la philosophie de Imre Lakatos en matière de recherche de solution d’un problème est tout à fait interprétable comme un principe anarchiste alors que traditionnellement nous y voyons les effets de l’influence des idées de Hegel dans le domaine de l’histoire. De toute façon, Paul Karl Feyerabend considère qu’il n’est pas pensable du point de vue épistémologique d’exclure la science de l’évolution sociale. Aussi il considère celle-ci comme une idéologie à part entière, sans la différencier des autres.

Par ailleurs, il va au-delà de l’approche de Thomas Kuhn ainsi il ne juge pas intéressant le critère de falsification car aucune théorie pragmatique ne peut le supporter, étant donné qu’elle n’arrive pas à rendre compte de tous les phénomènes auxquels elle devrait s’appliquer. Ainsi le critère ne peut s’appliquer de manière naïve car cela reviendrait à rejeter toute théorie scientifique. De plus, le critère lui-même peut être biaisé, ne serait-ce que via l’exemple de la renormalisation en mécanique quantique. En effet, le remplacement des résultats des données théoriques par des données expérimentales, justifie l’idée que le théorème ne peut rendre compte de la réalité, aussi elle absorbe une quantité de celle-ci dans sa propre structure. Ici, il est donc difficile d’expliciter un critère de scientificité.

Armé de ces données épistémologiques, Paul Feyerabend préfère réduire le rôle de la science au sein de la société car il ne lui attribue aucun privilège particulier. Certes ce point de vue extrême a gêné la communauté scientifique pour apprécier le rôle majeur de son approche mais il n’en demeure pas moins que cette intrusion était nécessaire pour compléter les œuvres de Popper et Kuhn via Lakatos. A travers l’absence de critères, Feyerabend montre l’absence de consistance de tout dogmatisme dans le domaine scientifique ainsi il laisse la voie libre à l’expression d’approches plus cognitives et moins normatives. A travers son œuvre, il laisse à l’intelligence le droit de jauger et de juger.







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