De la profanation à la condamnation

N. Lygeros




La récente profanation du Mémorial Lyonnais pour le Génocide des Arméniens, montre indirectement le lien qui existe entre l’érection d’un monument et le vote d’une loi. La première semble de facto obsolète et le second, révélateur du fonctionnement de la structure démocratique. Et nous pourrions même dire que le lien entre les deux, semble si ténu que dans le meilleur des cas, il est considéré comme formel. Comme si la symbolique pouvait être séparée de la justice dans le domaine des droits de l’homme. La profanation du Mémorial, loin de démontrer son caractère superfétatoire, montre en réalité, à quel point, il représente un sujet d’actualité. Cela bien sûr ne signifie pas pour autant qu’il s’agit d’un effet de mode même si son utilisation et exploitation par certains, appartiennent effectivement à ce registre. Au contraire, la force et la puissance du Mémorial, proviennent de son caractère diachronique et ceci, il le doit à sa nature puisqu’il est par définition imprescriptible. Seulement force est de constater que bien peu de personnes considèrent que le problème de la reconnaissance du génocide des Arméniens, est un point de référence initial et non terminal. La reconnaissance du génocide n’est pas et ne doit pas être le but ultime de la cause arménienne : La reconnaissance n’est que le commencement du processus de réparation. En termes stratégiques, la revendication d’un droit n’a de sens que si elle peut s’appuyer sur la notion de coût en termes de droit. Un acte, même illégal, ne peut vraiment être considéré comme tel que s’il existe une pénalisation. Sans la pénalisation, le droit n’est qu’une utopie. Dans le droit français, la reconnaissance du génocide des Arméniens est incomplète. C’est pour cela qu’il est nécessaire de passer à l’étape ultérieure à savoir celle de la pénalisation afin d’avoir comme horizon accessible, la condamnation. Ceci est d’autant plus nécessaire que la Turquie a démontré, et ce de manière diachronique, qu’elle ne change d’attitude que si l’absence de changement constitue un coût pour elle, surtout si ce dernier est d’ordre stratégique ou économique. Même si le Mémorial Lyonnais pour le génocide des Arméniens ne semblait être initialement qu’un symbole désuet, il est indiscutable désormais qu’il représente un champ de bataille d’une guerre qui dure depuis des siècles. Le Mémorial est révélateur d’une problématique qui doit aboutir à la condamnation. Car quel serait le sens d’un monument public qui pourrait être détruit sans que ses bourreaux ne fussent condamnés. La profanation montre que le problème de la pénalisation est bien réel. Nous savons certes, en sciences politiques, qu’une démocratie par nature molle, doit se doter d’une armature rigide en termes de droit afin de lutter efficacement contre les régimes autoritaires. La première manifestation turque contre le Mémorial Lyonnais n’avait malheureusement pas suffi à une prise de conscience de la gravité de la réalité. La profanation met en évidence un point qui n’avait pas été abordé, à savoir la destruction du Mémorial. Il est certes fondamental de permettre l’érection d’un symbole, seulement ce dernier doit être accompagné par sa réalisation. Car c’est là que se trouve son sens.







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