La polymorphie du mémorial

N. Lygeros




Le Mémorial Lyonnais pour le génocide des Arméniens n’est plus un simple mémorial même si cette expression tend vers l’oxymore. Avant même sa naissance officielle, le Mémorial agit comme un catalyseur vis-à-vis de la cause arménienne. Dans un contexte général où la cause arménienne semblait perdue pour la plupart des observateurs en raison du début des négociations européennes avec la Turquie, le Mémorial joue le rôle de contrepoint en matière musicale. Son existence remet en cause le consensus manufacturé de la politique réaliste. Directement venu d’un cadre prétendument utopiste, le Mémorial change la donne politique. Les troubles qu’il a engendrés montrent clairement la véritable nature de la politique turque. Sous couvert d’une politique de rapprochement la Turquie cache son visage afin de sembler compatible à la mentalité européenne. Le Mémorial via la cause arménienne, montre qu’elle n’est pas prête d’effectuer un changement de fond. Il confirme aussi de manière indirecte la cohérence de l’action du système consulaire turc. Ce dernier s’infiltre dans la population grecque et chypriote de la même manière qu’il le fait en France. Il organise et manipule à sa guise une population turque locale. Celle-ci n’est absolument pas libre car très dogmatisée. À Chypre, via les territoires occupés, la Turquie exporte les difficultés des turco-chypriotes mais surtout des colons pour les contraindre d’agir comme elle le désire. En Thrace, le consulat turc a un budget supérieur à l’ensemble de la région. Cela lui permet d’octroyer des bourses d’études aux familles qui suivent ses directives. C’est aussi pour cette raison que la population turcophone vote de la même manière avec un pourcentage tout simplement phénoménal. Au cas où une partie de la famille se trouve encore en Turquie, elle sert alors d’otage, pour imposer sa volonté. Le Mémorial a montré par sa résistance, à quel point les manifestations prétendument improvisées, sont en réalité orchestrées d’une main de fer. Le système de sécurité était révélateur en soi, et même beaucoup plus que les slogans, spécialement pour les spécialistes des regroupements structurés. Ainsi le Mémorial Lyonnais a permis à de nombreux citoyens français de découvrir in vivo la marche à la turque. Désormais, il n’est plus nécessaire de convaincre pour la cause arménienne. Celle-ci peut maintenant se concentrer sur son combat sans perdre de temps pour se justifier. Le cadre est dorénavant précis et spécifique. Le Mémorial est en danger même sur le territoire français. Aussi, il est facile d’imaginer ce qui est possible aux confins de la Turquie. Des résistants arméniens dénoncent depuis des années la destruction de leur patrimoine. Seulement qui les écoutaient. Ils parlaient dans le néant de la neutralité et étaient considérés comme des extrémistes. À présent, le Mémorial rend justice à leur travail de fond. Il sera donc plus facile de montrer sa nécessité. Et il sera nécessaire de l’effectuer à Lyon dans la ville de la résistance, dans la ville du Mémorial. C’est ainsi que le Mémorial montre via sa polymorphie, l’importance de la cause arménienne.







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