Analyse d’une étude pour vitraux

N. Lygeros




L’étude pour vitraux intitulée Juste et innocents n’est pas simplement une œuvre dédiée au génocide. Elle est aussi l’amalgame de techniques particulières, comme un hommage aux maîtres de la peinture.

Initialement le papier est blanc. En suivant l’analogue de la technique de Pollock qui ne touchait pas sa toile avec le pinceau mais qui laissait couler la peinture tel un flot, nous avons maintenu par le haut un stylo afin de l’entraîner le plus légèrement possible sur la feuille. De cette manière, nous avons rempli l’ensemble du fond blanc afin d’obtenir un nouveau fond avec une structure sous-jacente diffuse. A partir de celle-ci, nous avons mis en évidence des lignes de forces qui ont fini par le renforcement du trait, pour devenir des schémas mentaux de sujets abstraits. Trois figures de même type qui pourraient s’interpréter comme l’un des animaux légendaires de Escher, représentent des silhouettes féminines comme des figures voilées à l’instar de vierges. Leurs têtes sont noires pour montrer qu’elles n’ont plus de noms. Elles sont disparues. Ce sont les victimes, les innocents. Elles sont partiellement entravées par les bras en forme d’ailes de la figure bleue qui représente le juste. Ce dernier a un visage bleu car il est reconnaissable, il porte un nom, il est une idée. Ses ailes sont protectrices mais aussi audacieuses. Le juste aide les innocents à échapper à l’oubli qui est représenté par le noir sans profondeur qui a effacé la structure initiale à l’instar des fanatiques de l’oubli qui effacent l’histoire. La partie lumineuse de l’étude représente la mémoire. Ce n’est pas une couleur simple. Le jaune permet de jouer sans effacer les traits curvilignes initiaux qui grâce à l’encre de chine diffuse sur toute la surface peinte. La mémoire exploite l’histoire. Et il en est de même pour les innocents. Par contre le bleu de la figure du juste ne comporte pas de traits bleus initiaux. Non pas en raison d’un possible effacement mais grâce à la laque bleue qui n’est que mémoire. La figure bleue n’est qu’histoire. Nous mettons aussi en évidence la caractéristique ontologique des innocents et la caractéristique téléologique du juste. L’audace de ce dernier est visualisée par le fait qu’il s’empare littéralement des victimes de l’oubli pour les ramener à la lumière de la mémoire. Même si dans la couleur, il est possible de voir une influence de Miro, cette dernière n’est que superficielle car elle va à l’encontre de la forte structuration de l’étude. Les liens et les liaisons sont plus proches de la plastique de Matisse, en particulier par ses vitraux. C’est aussi pour cette raison que les peintures dessinées à la sanguine ont été renforcées à l’encre de chine noire afin de rappeler le lien structurel du plomb. Aussi il est possible de le transposer pour le réaliser.







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