À la paix comme à la paix

N. Lygeros




Il est certes plus courant d’utiliser une expression comme : À la guerre comme à la guerre que cette nouvelle expression que nous voulons introduire à savoir : À la paix comme à la paix. Sa justification première se trouve dans l’idée prônée par le théoricien Clausewitz : la guerre a une nature caméléonienne. Elle est aussi basée sur le principe qu’il n’est pas nécessairement juste de considérer la paix comme un état plus stable que celui de la guerre. Enfin, nous retrouvons dans les principes d’Aristote le schéma suivant : lorsque les choses ne vont pas comme nous le désirons, nous devons désirer ce qui est possible. De la même manière, nous disons qu’en stratégie nous travaillons avec le matériel dont nous disposons et non celui que nous aimerions avoir. Ce point de vue général est particulièrement adéquat pour les petits pays qui ont besoin des théories de la grande stratégie. Ainsi la cause arménienne est un cas où cet ensemble de règles s’applique.

Paradoxalement, la cause arménienne doit affronter des difficultés car elle se trouve dans une période de paix. Certes cette paix n’est que formelle puisque nous avons une non reconnaissance, une occupation et une pression géostratégique. Malgré tout il est indispensable d’agir dans un cadre légal et non polémologique au sens strict du terme. Ce cadre est certes moins dangereux mais il ne permet que peu de manœuvres véritablement efficaces. À l’aide de cette dernière expression, nous voulons signifier que même si tout est possible, tout n’a pas de sens et surtout à long terme. Il s’agit donc de mettre en place une forme analogue à celle de la notion de petite guerre. Les frappes doivent être très partielles et très concentrées car ni le choc ni le feu ne peuvent être exploités. Par ailleurs, le front global doit être transparent même si certaines de ses parties comme la lutte pour la reconnaissance du génocide et plus généralement pour le processus de réparation, sont visibles. De plus, il faut réaliser que la cible n’est pas unique et que le gain dans des affaires contre les assurances vie, est extrêmement positif même si cela appartient à l’ordre économique. Aussi les décisions formelles et internes sont d’une inutilité exemplaire car elles n’ont de sens que si elles créent une cible pour l’adversaire. Comme dans la plupart des formations non constituées sur les critères organisationnels, l’inefficacité est la compagne idéale de l’inertie. L’autre problème, c’est qu’elle devient finalement le prétexte à l’inaction. Il faut aussi exploiter la possibilité réelle d’une coordination des actions de la diaspora et de l’état d’Arménie dans ce contexte de paix.

Dans tous les cas, puisque la paix existe, elle doit être utilisée à bon escient pour aider la lutte légale de la cause. Aussi des systèmes comme le Tribunal Pénal International, le Tribunal des Peuples mais aussi et surtout la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg, doivent être exploités efficacement à l’aide d’un mix stratégique basé sur l’holisme et non le réductionnisme latent des courants politiques internes. La Cour Européenne n’a véritablement de sens que lorsqu’elle se situe à ce niveau et quand elle intègre dans ses stratégies des schémas mentaux caméléoniens.







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