Le petit muet

N. Lygeros




Quand il est si difficile de communiquer, il est bien souvent préférable de se taire. Seulement en se taisant tout le temps, comment être compris ? Telle était la question que se posait le petit muet. Chaque jour, il contemplait les gens qui bavardaient. Il aimait leur insouciance. Il pouvait les imaginer heureux car il ne pouvait en être autrement. La futilité des paroles ne pouvait désespérer un petit muet. Aussi il se mit à transcrire tout ce qui était dit afin de comprendre le non-dit à travers le silence. Il ne cessait de noter les moindres détails. Mais ses notes engendraient un autre problème. Il n’avait pas le temps de les lire, seulement de les écrire. Aussi il oubliait ce qu’il écrivait. Comme il ne pouvait le redire, il finissait par ne plus le dire du tout. Ses idées restaient lettre morte avant même de vivre. Dans cette solitude du silence, il comprit qu’il fallait écouter les morts et se mit à dévorer les livres d’antan. Muets comme lui, ils ne cessaient de parler dès qu’il les lisait. Ce n’était donc pas un dialogue de sourds mais des échanges de muets. Sa vie semblait désormais complète. Jusqu’au jour où il rencontra le petit monstre. Celui-ci ne transcrivait pas les sons, il écrivait des mots et ses mots devenaient peu à peu des livres. Alors la vie du petit muet prit un nouveau sens. Il avait enfin un ami avec qui communiquer. Ils parlaient par livres interposés. Ce qu’écrivait l’un, l’autre le lisait. L’un parlait comme un livre et l’autre se livrait sans mots. C’étaient ainsi que les deux solitaires avaient pris conscience de leur rareté.







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