Sur le sens des Accords

N. Lygeros




Avec le passage du temps, nous finissons pas ne plus prêter attention aux Accords que nous signons. C’est oublier bien vite des phrases d’hommes politiques qui sont paradoxalement claires quant à leur contenu. Comment oublier la phrase de Clémenceau : « Les Accords sont une manière de poursuivre la guerre ». Combien de vérités et de trahisons dans si peu de mots ? Nul ne peut le dire. Mais ce qui est certain, c’est que le poids des Accords dépasse bien souvent la valeur de la guerre. N’avons-nous pas dans nos souvenirs les paroles de Churchill : « Nous avons gagné la guerre mais nous avons perdu la paix ». En France, nous connaissons les répercussions du Traité de Versailles. En Grèce, nous connaissons celles des Accords de Lausanne. En Arménie, celles de l’absence d’application du Traité de Sèvres. Et à Chypre, les conséquences fatales qu’aurait eu le plan Anan. Par nature, les Accords sont faits pour la paix et pour le futur. Or ce sont deux paramètres à forte incertitude. Malgré cela, ils servent de base aux Accords qui sont sensés prévoir les dispositions qui apportent de la stabilité. En d’autres termes, nous sommes en plein paradoxe intrinsèque. Pourtant la phase de négociations qui aboutit à la signature, devrait nous prévenir sur la criticité des Accords. Pourtant, nous devrions savoir avec le temps que les batailles sont parfois plus nombreuses après la fin de la guerre qu’avant. De plus, la nature de la guerre et sa physionomie devraient nous donner à réfléchir sur la manière d’aborder un Traité.

Un Traité ne peut en aucun cas être considéré comme statique au sens littéral du terme. Il est préférable de le voir comme des conditions initiales. Officiellement, le Traité est l’aboutissement. Du point de vue stratégique, en tant qu’objectif, il est métastratégique. Cependant dans un cadre géostratégique, il s’agit avant tout d’une nouvelle donne dans un jeu de cartes truqué. Normalement le Traité devrait mettre fin aux conditions antérieures. Dans la réalité des conflits, ceci n’est absolument pas le cas. Les Traités comme les Accords ou les Conventions transportent toujours bon gré mal gré des éléments du passé. Ils ne se comportent pas comme des chaînes de Markov. Il est par conséquent difficile de cerner, même en tant que stratégie, les implications du passé dans le processus de bifurcation qu’engendre la signature des Accords. De plus, il est tout à fait essentiel de tenir compte de l’espace temporel inter-Traités ou en ce qui concerne la problématique de l’application.

Si nous voulons véritablement comprendre le sens des Accords, il est nécessaire de les intégrer dans les schémas mentaux stratégiques de la guerre et non de la paix. Il est donc indispensable de connaître les différentes tensions des Accords. Car ce n’est pas forcément la version finale qui comporte toutes les informations stratégiques.







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