Evolution ou infection en astrobiologie

N. Lygeros




Même si la théorie de l’évolution représente un fait, il est intéressant d’étudier les différentes approches qui convergent vers le même point de vue mais de manière indirecte. Ces approches complètent et enrichissent notre manière de voir et surtout d’interpréter la théorie de l’évolution dans un cadre qui est plus proche des algorithmes génétiques. En tant que schéma mental, nous avons une structure analogue avec la théorie de la mécanique quantique orthodoxe et la théorie de la ramification. La problématique générale de la théorie de la panspermie d’Arrhenius ou de la théorie de la panspermie dirigée de Crick et Orgel, c’est de considérer que l’évolution ne peut commencer ex nihilo. Il ne s’agit pas pour autant de faire table rase des données antérieures. Au contraire, l’effort consiste à préciser certaines différences observées dans les données que nous considérons comme allant de soi. D’une part, nous avons les différences entre les espèces supérieures et inférieures en termes de complexité structurelle. Ces différences ne sont pas linéaires en termes de hiérarchie et nous observons même des discontinuités, aussi il est difficile de les incorporer dans un modèle unique et classique de la théorie de l’évolution. Ces changements de phase que nous observons et qui correspondent à des ruptures analogues à celles des multifractacles nécessitent un cadre plus vaste . Une manière d’éviter cela consiste à déplacer le problème et à introduire une théorie infective. Cette manière de procéder permet d’avoir comme source une planète plus propice à une initialisation de la vie car elle contient par exemple des éléments chimiques plus rares et qui sont nécessaires à certaines réactions. Un exemple caractéristique mis en évidence par Crick et Orgel c’est celui du molybdène. En effet cet élément est essentiel à de nombreuses réactions enzymatiques alors que le chrome ou le nickel sont relativement peu importants dans le domaine biochimique. Alors que l’abondance de ces éléments sur Terre est de 0,20% pour le chrome, 3,16% pour le nickel et 0,02% pour le molybdène. En d’autres termes, le déplacement du problème sur une planète où le molybdène est plus abondant rend plus facile l’apparition de la vie. Grâce à cet exemple, nous voyons que la technique du déplacement de problème n’est pas simplement une transposition ou même un transport de structure qui n’apporterait rien au niveau cognitif ou scientifique. Le déplacement est ici un degré de liberté qui permet une révolution effective même si elle est plus abstraite. Elle ne remet pas en cause l’évolution mais elle éclaire plus amplement les origines. Certes il est possible de l’interpréter à l’heure actuelle comme une simple méthode ad hoc mais si l’exploration intensive des planètes nous amène à trouver des planètes candidates de ce type alors le processus d’infection pourra être symétrisé effectivement afin de mettre en évidence que ce que nous pouvons désormais faire à l’aide de nos moyens technologiques a pu être fait par d’autres avec des moyens analogues. Cette approche particulière complète donc la théorie classique en ouvrant un champ de recherche plus vaste. Nous ne devons donc pas la mettre en opposition directe avec la théorie classique de l’évolution.







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