Du futile au superfétatoire

N. Lygeros




Nous avons rarement conscience d’attacher de l’importance à des choses futiles. La raison essentielle de cette inconscience, c’est qu’en leur donnant de l’importance, elles ne sont plus futiles. Elles sont importantes. Alors la question suivante se pose. Où est passée la futilité ? La réponse est simple mais nous ne désirons pas l’entendre. C’est ainsi que la propriété passe de l’objet à l’observateur. Cependant l’essentiel est ailleurs. Et il explique pourquoi nous sommes si sensibles au papier d’Arménie. Il se sacrifie pour les autres car il ne peut s’offrir qu’en mourant. Est-il important pour autant ? Ou est-il important malgré tout ? Comment se transforment ces questions si nous remplaçons le papier d’Arménie par le peuple arménien ? Nous ne répondrons pas à cette question car notre dessein est autre.
Lorsque nous parlons de génocide et surtout de reconnaissance du génocide, nous sentons bien souvent combien cela semble futile à nos interlocuteurs. Ils regrettent que nous nous mêlions du passé et que nous nous préoccupions de choses oubliées.
Tandis que lorsque nous avançons la problématique de la pénalisation de la non reconnaissance du génocide, nous devenons gênants. Cette fois la futilité devient superfétatoire à leurs yeux car ils n’osent dire la vérité, pas même se l’avouer. Car la stratégie nous enseigne qu’un bon coup n’est pas nécessairement le meilleur, mais celui qui gêne le plus notre adversaire.
L’appareil de propagande turc tente de convaincre l’indifférence, de la futilité de la reconnaissance et du caractère superfétatoire de la pénalisation de la négation. Alors que la réalité est tout autre.
Dans un monde où le génocide des Arméniens serait reconnu, la lutte pour sa reconnaissance serait futile. Dans un tel monde, le combat pour la pénalisation serait superfétatoire. Seulement nous ne vivons pas dans un tel monde. Aussi même si nos buts sont finalement futiles et superfétatoires, ils n’en demeurent pas moins fondamentaux et cruciaux. La déclaration des droits de l’Homme ne serait-elle pas futile et superfétatoire dans un tel monde ? Ainsi il apparaît que le caractère fondamental de notre action provient de la futilité et de la nature superfétatoire de notre but ultime. Car ce dernier permet de changer le monde dans lequel nous vivons. Seule l’utopie crée des nouvelles réalités tandis que la réalité n’engendre que l’inertie.
Notre objectif est donc clairement défini même si c’est de manière paradoxale. Pour cette raison, nous devons revendiquer ce qui se présente comme une critique. Car dans le domaine des droits de l’Homme nous ne travaillons que pour des évidences. Seulement lorsque nous examinons quel était le point de vue du passé sur ces évidences, nous sommes bien souvent surpris. Le procès de Valladolid n’est-il pas révélateur à ce propos ? Qui oserait désormais s’interroger sur le fait que les indiens ont ou pas une âme ? Cependant à cette époque il fallait se battre pour faire accepter cette évidence. Et c’est avec la même force que nous nous battons pour la cause arménienne.







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