L’apport de l’année de l’Arménie

N. Lygeros




Nous sommes tellement habitués aux commémorations en tous genres que nous ne réalisons pas l’apport de certaines manifestations. L’année de l’Arménie nous permet de nous rendre compte que le peuple arménien n’est pas uniquement la victime du génocide de 1915. Le peuple arménien malgré le crime contre l’humanité qu’il a subi, continue non seulement de vivre mais d’être vivant. En 1915 la population arménienne s’élevait à environ trois millions ce qui correspond à peu près à sa taille actuelle. Comme si le peuple arménien avait mis un siècle pour aller au-delà du passé et surtout au-delà de la barbarie. L’année de l’Arménie nous permet aussi de comprendre le siècle arménien et à travers lui la profondeur de cette culture millénaire. C’est donc un autre moyen de saisir le fond contextuel du crime contre l’humanité. Ce dernier semble n’être réduit qu’à un niveau juridique même si le plan humain est naturellement sous-jacent. Néanmoins les barbares ne s’en prennent pas seulement à des individus anonymes, ils s’en prennent avant tout à des hommes et à travers eux à une culture. La culture arménienne est un véritable don pour l’humanité. Et si certaine d’entre nous n’en sont pas persuadés, car ils sont enclavés dans l’ignorance ou la propagande, ils leur suffit de l’associer à la perpétuation du génocide. Nous pensons bien souvent que ce dernier n’a lieu qu’à l’encontre des peuples que les bourreaux considèrent comme inférieurs et nous l’assimilons à la notion d’éradication. La réalité est bien évidemment plus complexe et elle n’est pas sans rapport avec des éléments culturels. Le peuple arménien n’était pas une masse informe dont il fallait se débarrasser à tout prix pour nettoyer le sol turc. Le peuple arménien était une structure gênante pour l’appareil turc car elle avait un socle un substrat, des racines enfoncées dans les profondeurs du passé. Ce n’était donc pas un nettoyage ethnique au sens le plus formel du terme. Il s’agissait de bien plus que cela. Et c’est justement pour cette raison que nous voyons combien est important l’apport de l’année de l’Arménie. Cette dernière n’est pas confinée dans un rôle de justice. Elle peut déployer tous ses talents devant les hommes curieux de la connaître. Elle peut expliquer par ses beautés intérieures mais non cachées pourquoi elle ne devait pas exister pour les bourreaux et surtout pourquoi elle doit exister pour l’humanité. Le peuple arménien est peut-être enclavé mais il n’a pas disparu et l’année de l’Arménie le clame haut et fort même si cela se décline à travers les arts et la culture. Si l’appareil de propagande turc est si ennuyé par ces multiples manifestations c’est que cette dernière permet même à ceux qui sont indifférents à la cause arménienne, d’être sensibles aux créations séculaires de ce peuple. Ainsi la propagande turque ne peut plus les toucher de la même façon. Car elle ne peut réduire le peuple arménien et son génocide à une page de l’histoire qu’il faut tourner pour aller de l’avant. L’année de l’Arménie est un signet dans le livre de l’histoire et elle montre que pour créer l’avenir, il ne faut pas oublier le passé.







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