Négociations utopiques

N. Lygeros




Certains Arméniens sont tellement persuadés de n’être que des victimes qu’ils ne peuvent réaliser leur propre victoire. L’existence des territoires libérés n’est pas une hypothèse de travail mais un fait incontestable. Et il n’est pas nécessaire d’être stratégiste pour réaliser leur importance vis-à-vis de l’Arménie. Il ne s’agit pas simplement d’une double enclave comme nous pourrions le penser au premier abord. C’est un dipôle organique et une stratégie à deux piliers. Au-delà du pont aérien, la liaison est réelle et non formelle. Elle permet de plus de démontrer que même au sein des mouvements tectoniques sur le plan géostratégique de la région, il est possible non seulement de résister mais aussi de créer. Ceci s’explique par le fait que nous sommes dans une région hors équilibre, pour emprunter la terminologie de Prigogine. Aussi il est possible de créer des enclaves à entropie négative. Ces structures peuvent de plus être robustes c’est-à-dire résistantes aux attaques extérieures. Le problème n’est donc pas une question de faiblesse. Le Haut-Karabagh n’est pas un point faible de l’Arménie mais un véritable bouclier tactique. C’est un point d’appui qui ne peut et ne doit être abandonné. Aussi les négociations sur ce point sont tout simplement utopiques si ce n’est absurdes. La perte des territoires libérés n’est pas seulement un sacrifice pour la stabilité. C’est un véritable échec stratégique. Car la reconfiguration des frontières ne permet pas un redéploiement effectif des forces arméniennes. Au contraire, elle les fragilise car les positions à tenir deviennent littéralement irréalistes. Mais le point sans doute le plus important c’est que nous offrons à l’ennemi, l’occasion de redisposer ses forces de manière plus efficace et surtout plus agressive vis-à-vis de l’Arménie. Alors que nous sommes en présence d’un dogme stratégique unifié, sous prétexte de stabilité de la région, nous voulons le remettre en cause. Seulement la dégénérescence de cette structure n’est pas uniquement une faille dans le système de défense arménien mais un véritable renforcement de l’alliance azéri-turque. La stabilité provient d’un principe auto-bloquant dans la région et n’est pas sous-jacente à la perte des territoires libérés. Nous devrions donc plus nous intéressés au statut des territoires occupés que de cette perte. Car l’existence même des territoires libérés permet de prouver de facto que les territoires occupés ne sont pas une condamnation inexorable. Faudra-t-il attendre l’existence officielle du Kurdistan pour que certains Arméniens comprennent enfin que l’impensable est réalisable ? Ou diront-ils encore que la situation n’est pas comparable ? Comment leur faire comprendre que la survie au génocide est la preuve la plus éclatante que le peuple arménien n’est pas condamné à être une victime éternelle ? Ce moyen existe et c’est la conservation des territoires libérés dans la pensée stratégique arménienne.







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