De la reconnaissance à la renaissance

N. Lygeros




En considérant la reconnaissance d’un génocide comme une fin en soi, nous ne réalisons pas que nous agissons comme si le passé était clos. Il ne s’agit pas de classer une affaire pour employer le jargon policier. Aussi toute approche politique de ce type est nécessairement vouée à l’échec. Si de plus nous nous trouvons dans une situation semblable à celle du génocide des Arméniens, à savoir une occupation du territoire des génocidés alors cette tactique devient catastrophique. Ainsi l’utilisation de celle-ci ne doit être analysée que comme un prétexte pour occuper le terrain sans volonté réelle de changer la situation. Au contraire cette situation permet de donner une assise à des activités que ne pourraient être justifiées autrement. Nous devons donc être vigilants dans la constitution du noyau de la résistance. Car les génocideurs font exactement la même analyse et se rendent compte ainsi de la faiblesse de la résistance de leur adversaire. Et ils ne changent donc pas de méthode. Il s’agit donc pour nous de mettre en avant le fait que la reconnaissance en tant qu’initialisation du processus de réparation permet la véritable renaissance d’un peuple dont les droits de l’homme ont été si longtemps bafoués. Le peuple dont le génocide a été reconnu, peut retrouver sa mémoire. Ce n’est pas qu’il ait lui-même subi une amnésie. Mais celle-ci a bien été vécue par son environnement. La renaissance n’a pas un caractère réflexif. Elle provient avant tout de l’observateur et non de l’observé. Celui qui croyait qu’un peuple avait été rayé de la carte peut enfin comprendre qu’il existe malgré tout, qu’il ne se contente pas de survivre mais que de plus il peut à nouveau créer et faire partager sa culture et son patrimoine. Ainsi le peuple arménien n’est pas seulement un peuple victime d’un génocide commis par la Turquie. L’Arménie n’est pas seulement un territoire occupé. Si un génocide a été commis c’est que sa culture et son patrimoine dérangeaient les fanatiques de l’oubli. Un peuple qui a été victime d’un génocide, est un cadeau pour l’humanité car malgré le crime qui a été commis contre elle, grâce à la survie de ce peuple, elle a pu le dépasser et le transcender sa propre identité. Une victime qui ne parvient à dépasser le crime de l’horreur par la grandeur de sa résistance, ne réalise pas seulement une reconnaissance mais une véritable renaissance. La résistance n’est pas uniquement un acte réactif, elle permet l’activation d’une conscience de soi. Enfin, elle offre l’opportunité de créer un impact chez autrui, aussi elle peut transformer un milieu indifférent envers une cause, en une force humaine. Car les droits de l’homme naissent des combats que nous faisons pour les conserver et surtout les acquérir. La reconnaissance, si elle est conçue mentalement comme une première étape, devient un élément moteur qui ne conduit pas seulement au processus de réparation mais à la reconnaissance du peuple. Il faut enfin remarquer que cette renaissance n’est pas non plus une résurrection car le peuple n’était pas mort. Ce sont bien les résistants et les guerriers de la paix qui parviennent à ce résultat. Ce n’est donc pas une croyance ou un credo mais une nécessité d’humanité.







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