De l’importance des élections présidentielles dans le Haut-Karabagh

N. Lygeros




Dans les démocraties surtout lorsqu’elles sont molles, nous avons tendance à considérer que les élections sont tout à fait formelles et surtout inutiles. Nous oublions que cet acquis est rare et qu’il doit encore être revendiqué dans bien des régions du monde. C’est uniquement avec cette remise au point que nous pouvons comprendre l’importance des élections présidentielles dans le Haut-Karabagh. Cette région n’est plus seulement symbolique. Elle constitue un symbole à part entière. Au delà de la capacité du peuple arménien à libérer des territoires occupés et réputés imprenables par la propagande, le Haut-Karabagh représente un véritable apport géopolitique pour l’Arménie qui ne peut se défaire du cadre géostratégique. Au moment où certains voudraient que nous abandonnions ce que les nôtres ont si chèrement payés par leur sacrifice, nous voyons que la résistance s’organise et que les élections présidentielles auront bien lieu. Celles-ci seront d’ailleurs garanties par la présence de 275 observateurs internationaux afin que les Azéris ne puissent nous accuser de manipulation électorale. L’enjeu de ces élections présidentielles dépasse et ce, de loin des préoccupations d’ordre national. L’Artsakh montre la voie de la résistance mais aussi de l’efficacité malgré la pénurie des moyens militaires et la quasi-absence d’aide logistique extérieure. Car nous ne devons pas oublier les conditions qu’ont dû affronter nos combattants. Rien au milieu de nulle part, dans le pays des pierres, tel était leur décor. Au sein de l’utopie et de la méfiance la plus extrême, tel était le lieu du théâtre des opérations. Aussi ces élections présidentielles sont une nouvelle forme d’hommage législatif que nous leur rendons. Chaque bulletin de vote est une signature pour la pétition de la mémoire. Même si certains veulent entamer les négociations de l’oubli, notre présence même passive les gêne. Notre existence même est une forme de résistance face à l’oppression du nivellement des civilisations. Le peuple arménien n’a pas dit son dernier mot. Malgré le génocide qui n’a cessé de 1896 à 1923 sous ses différentes formes, le peuple arménien résiste encore et toujours. Avec les élections présidentielles, nous prouvons au groupe de Minsk que tout est possible, même l’impensable. Cependant nous leur montrons de plus qu’ils devront compter sur nous qu’ils le veuillent ou pas. Nous ne sommes pas une denrée périssable. Nous n’avons pas une date d’expiration. A l’instar des civilisations qui ont traversé le temps pour offrir tout ce qu’elles pouvaient au patrimoine de l’humanité, nous ne craignons pas la suprématie actuelle des sociétés de l’oubli. Nous travaillons le passé pour enfanter l’avenir, tel est notre présent. En montrant que nous pouvons organiser des élections présidentielles, en accord avec tous les critères du droit international, nous démontrons que l’impossible de certains, c’est la réalité d’autres. Aussi les élections présidentielles sont cruciales pour une démonstration de force de ceux que d’autres nomment des faibles. C’est oublier que même les victimes peuvent être fortes lorsque le droit les protéger.







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