Humanitas et Tempus II

N. Lygeros




Pour reconnaître, notre cerveau a besoin de retrouver. Chaque reconnaissance est une boucle temporelle dans l’espace cognitif. L’humanité travaille dans l’espace de la mémoire du temps polycyclique. Elle introduit des points de repère dans l’espace cognitif pour laisser des traces dans le temps. L’instantané du présent n’est qu’un artifice, un stratagème inadéquat dans un cadre stratégique. Elle agit dans le futur pour construire le passé. Elle s’ancre dans le passé pour concevoir le futur. Seulement elle ne vit pas dans l’interface. Elle transforme la matière en œuvre via la réalisation de la pensée dans l’acte. En ce sens, elle est un acteur. Transcendant le koan sur le néant entre deux pensées, elle ne cesse de penser pour exister, elle ne cesse de créer pour être. Insensible au paraître qui n’aurait aucun sens pour elle, l’humanité n’existe qu’à travers son œuvre. Sans elle, elle pourrait être réduite à une société dans un cadre local. Cependant elle n’est pas non plus une simple extension de celle-ci. Inconsistante pour la mode, l’humanité en tant qu’entité diachronique, pour évoluer doit comparer et donc retrouver pour modifier son action. Elle ne saurait être réduite à une vision strictement comportementaliste ou même systémique. Elle n’appartient pas à ce que nous nommons le système. Certes l’omniprésence synchronique de celle-ci, pourrait quelque peu troubler notre pensée mais cela n’est valable que dans le contexte de la société. L’humanité quant à elle, ne se construit que via l’action des hommes. Elle n’est pas atteinte par les gens. Sauf si ces derniers, dans une volonté de changer les choses pour mieux conserver un présent artificiel, commettent un crime contre l’humanité. En effet le génocide n’est pas seulement caractérisable par l’expression destruction systématique car celle-ci ne précise pas ce qui est détruit. Tandis que dans le cadre de l’humanité, le génocide est compris comme une volonté d’éliminer toute humanité dans la société. La société dominante ne peut s’imposer qu’en effaçant toute trace d’une culture qui pourrait rappeler l’existence et surtout l’action de l’humanité. C’est entre autres, pour cette raison que la société est si farouchement contre le livre. En effet cet objet qui est écrit par des morts pour des hommes pas encore nés, agit comme un élément moteur dans l’humanité. Sans se préoccuper de plaire, il recherche la durée. Il ne s’associe pas au coût mais à la valeur. Aussi il ne représente pas un principe social mais une valeur humaine. Il correspond donc à une trace qu’il faut effacer pour réaliser pleinement un génocide et ce à deux niveaux. Tout d’abord la phase d’élimination et ensuite la phase d’inexistence. Un génocide n’est pleinement réussi que s’il n’existe plus de livres du passé et si aucun livre du futur ne mentionne son existence. En tant qu’effacement de la mémoire humaine, le génocide linéarise le temps. En effaçant le passé et le futur, il répète le présent. De cette manière il n’y a plus d’élément de comparaison et donc d’évolution. L’absence de reconnaissance ne permet plus au cerveau de retrouver. Le système social parvient ainsi à un anéantissement humain. Aussi l’humanité consciente de cela doit se transformer en un réseau temporellement robuste.







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