Humanitas et Tempus X

N. Lygeros




La bureaucratie de la société recherche systématiquement l’effacement de trace d’humanité dans ses procédures. Elle la considère comme nuisible. L’existence d’humanité engendre l’émergence de sentiments qui remettent en cause les consignes. Or les consignes sont les diktats de la société. Les principes ne doivent pas être contestés par des valeurs. Car ces dernières sont diachroniques, aussi la société ne peut affirmer sa suprématie. Elle doit éviter une opposition frontale du type Antigone-Créon même si elle sait qu’elle en sortira victorieuse. Car malgré la victoire de la société, un nouveau paradigme est activé et son existence renforce le schéma mental de la résistance. Même si la résistance est à perte au niveau synchronique, elle n’est pas nécessairement sans valeur au niveau diachronique. Comme la société se base sur la domination du présent, elle doit coûte que coûte éviter les germes du futur. Le schéma mental de la mémoire du futur est l’un des plus puissants de la structure de l’humanité. La création même d’une situation normalement impossible a des effets sur l’avenir. Ainsi l’affrontement entre les esclaves de Spartacus et l’empire romain a laissé des traces extrêmement nuisibles pour la société. En effet des individus qui ne pouvaient exister que grâce à la distraction qu’ils procuraient à la masse pour la sécurité du système, ont été capables de se révolter, de se battre et même de gagner des batailles. Il existe donc, du point de vue humain, un exemple à suivre. Car il montre que la révolte est possible et donc que le système n’est pas invincible contrairement à ce que pensent les gens qui constituent la masse de la société. Le caractère subversif de ces paradigmes est incontestable pour la société. Elle doit donc d’une part s’efforcer de les éliminer de la mémoire et d’autre part de ne plus les générer. Car la société ne peut avoir des héros, seulement des dieux. Car seuls les dieux sont immortels. Il n’y a donc qu’eux qui peuvent servir d’exemple. Tandis que les héros s’ils sont mortels, ne peuvent être que subversifs étant donné qu’ils transcendent leur condition pour accomplir un exploit inaccessible aux communs des mortels i.e. à la masse. Comme ils n’appartiennent pas au système, ils n’ont pas le droit d’agir ainsi. Sinon la masse aurait le droit de rêver d’autre chose. Or la société est le seul rêve possible. Tout autre est exclus car les fondements de la société sont uniques. La masse doit vivre avec l’espoir permanent d’une meilleure situation qui ne peut être apportée que par le système. Ce dernier doit diriger la masse de manière à ce qu’elle ne recherche que le bonheur. Tout sentiment qui ne correspond pas à cette recherche est a priori subversif pour la société. Or la notion de sacrifice va à l’encontre du bonheur. Aussi la société ne désire ni héros ni sacrifices et la raison est simple : les deux engendrent des phénomènes de mémoire. Or celle-ci a le stigmate de l’humanité et du temps. Aussi la bureaucratie doit tout tenter pour ne pas permettre cela. Les hommes sont transformés en personnes, les personnes en anonymes et les anonymes en numéros. Il n’existe qu’une seule hiérarchie et elle doit être absolue. Elle est donc linéaire. La société n’est qu’une longue queue dont personne ne voit la tête. D’ailleurs cela est sans importance car l’essentiel à savoir c’est que le poison se trouve dans la queue comme disaient les Romains.







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