Humanitas et Tempus XIV

N. Lygeros




La domination de l’espace sur le temps n’est pas une fiction. C’est une caractéristique de la société. Car ses constituants, i.e. les gens, sont incapables de visualiser le temps. Or la perception de ce dernier est essentielle pour la compréhension de l’humanité. Les hommes ne sont que des morceaux de temps aussi la perception du temps n’est qu’une prise de conscience. Le paradoxe, c’est que la musique qui constitue l’un des arts les plus anciens de l’humanité est art essentiellement temporel mais non perceptible. Il est difficile, à moins d’être musicien et surtout compositeur, de voir l’architecture d’une symphonie. Même si cette dernière est conçue de manière classique à la façon d’une cathédrale. Il est difficile de se déplacer en elle comme nous le ferions dans une cathédrale. Pour l’auditeur moyen il n’y a essentiellement qu’un seul trajet à parcourir dans une hiérarchie absolument linéaire. Seulement ce cadre n’est que celui d’un guide touristique, il ne correspond pas à celui du compositeur. Si de plus la cathédrale est du type de celle d’Antoni Gaudí alors la perception musicale devient de facto littéralement imperceptible. Car écouter de la musique, c’est une manière de voir le temps. Cet art qui selon les termes de Leonardo da Vinci meurt dès qu’il naît, représente un moyen réel pour approfondir le temps. Pourtant il a été lui aussi tellement maltraité structurellement que sa dégénérescence n’est pas seulement inutile mais nuisible. Car en métamorphosant la musique en bruit nous ne pouvons plus accéder au temps. Le mouvement brownien prend le pas sur l’espace mental créé par la structure temporelle. L’association de la musique avec les mathématiques permet d’approfondir encore plus les créations temporelles. Cela permet non seulement d’analyser mais aussi de faire des synthèses. Il est donc surprenant à quel point la musique est peu utilisée par la société, du moins si nous ne comprenons pas le cadre conceptuel de cette dernière. En effet comme la musique même du passé peut être jouée dans le futur, elle a le comportement de l’intelligence. Il est donc nécessaire pour la société de la tenir en laisse afin qu’elle ne la mette pas en danger. Pour cela, elle exploite les mass media afin de transformer la qualité de la musique en musique de la quantité. C’est alors que disparaît toute recherche structurelle car l’important pour la société c’est d’exploiter comme elle le désire les capacités de la société. L’une des merveilleuses applications, si nous pouvons nous permettre cette expression de la société de consommation, c’est d’utiliser de la musique classique dans les hypermarchés pour inciter les gens à acheter des produits. Ainsi même si la musique n’est pas dégénérée en soi, elle l’est par son rôle. En modifiant sa téléologie, la société affecte l’ontologie de la musique. Dans tous les cas, la musique est devenue un art en péril via l’intervention de la masse afin qu’elle ne s’aventure pas dans les bifurcations temporelles.









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