Humanitas et Tempus XV

N. Lygeros




Pour comprendre les possibilités temporelles de l’humanité, il serait judicieux d’avancer plus avant dans la théorie de la ramification créée par Hugh Everett et axiomatisée par Roland Fraïssé. En effet cette théorie qui est logiquement équivalente à la théorie de la mécanique quantique, au niveau expérimental, permet d’autres interprétations où les bifurcations temporelles ont un sens réel. Au delà d’un positionnement de mécanique quantique ultraorthodoxe, il est possible d’accéder à une herméneutique non immédiate et non révélée. La théorie de la ramification permet si ce n’est de transformer notre vision du monde, au moins l’explicitation de la possibilité de la multiplicité interprétative. Cette polymorphie des événements démontre de manière effective combien la noosphère dépasse la réalité conventionnelle. Ainsi la théorie de la ramification sert de véritable paradigme dans le cadre de notre recherche sur l’humanité et le temps. Elle permet d’entrevoir ce que nous nommons vision. Car la société n’accepte que l’unicité du rêve et pas la multiplicité de la vision. Car voir, c’est penser. Or penser c’est nécessairement remettre en question. Mais la société ne peut permettre qu’une seule interprétation de la réalité, à savoir la sienne. Aussi un paradigme polymorphe est tout simplement inadmissible pour elle. Elle ne rejette pas l’utopie mais l’impensable. Car l’utopie est une force de rêve inoffensif. Tandis que l’impensable, une fois qu’il est pensé, au-delà du paradoxe, crée un espace de contestation qui remet en question l’omnipotence de la société. Même si le choix des branches d’univers n’est a priori pas possible, l’existence de celles-ci est déjà un problème pour la société car elle ne désire qu’un seul présent. Et comment pourrait-elle supporter l’existence de l’humanité dans un temps multiple? Cette interrogation n’aidera sans doute pas au développement de la théorie de la ramification mais qu’importe, celle-ci ne représente de toute manière un apport que pour les hommes. L’essentiel de ce paradigme se trouve dans la liberté d’interpréter les événements dans un sens qui n’est pas nécessairement celui qui est imposé par la société. L’interprétation de l’humanité est sans doute plus complexe mais c’est la seule à pouvoir contenir la généralisation temporelle. A l’image de la méthodologie déployée et non seulement employée par Alexander Grothendieck, la robustesse de la structure démonstrative se mesure par l’envergure des généralisations. L’humanité doit être robuste car elle doit supporter toutes les civilisations et les contenir pour garder en elle les hommes isolés dans leur rareté et les unir pour créer ses schémas mentaux afin de rendre effective sa structure ouverte en transcendant les obstacles des innombrables sociétés du présent qui se disloquent dans les bifurcations de la théorie de la ramification.







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