Exégèses polyglottes

N. Lygeros




Lorsque le vieil érudit reprit ses esprits, son cerveau ne fut pas plus capable d'analyser la scène qu'il avait devant ses yeux. Il était couché sur son divan et la petite fille lui tenait sa main droite. Elle s'était endormie sur lui. La douleur et le drame n'avaient résisté au sommeil. Quant aux disciples du maître du temps, ils avaient investi tout le scriptorium. L'un s'occupait de la fenêtre  tel un guetteur, l'autre de la cheminée, un autre encore écrivait sur sa table de travail et les deux autres parcouraient les codex. Ils semblaient les dicter à celui qui écrivait. Tout cela parut si étrange au vieil érudit qu'il voulut durant un instant seulement s'endormir à nouveau. Mais cela lui était tout simplement impossible. Il souleva la tête de la petite fille pour se dégager et les cinq hommes l'entourèrent sur le champ. Sans être agressifs le moins du monde, leur présence physique était tout simplement impressionnante d'autant plus qu'elle était associée à une célérité inexplicable. Le vieil érudit s'immobilisa. Il pensa qu'il était préférable d'attendre. S'ils pouvaient au moins lui dire un mot, mais il n'eut pas le temps d'achever cette ébauche de pensée qu'il entendit : le prophète. Il avait donc eu raison de le penser. Cela lui donna du courage et il osa prononcer sa première phrase.       

    -        Que l'humanité et le temps soient avec vous.      

    -        Vous allez bien, Monsieur?

C'était la petite fille. Elle lui serra la main avec tendresse et il lui caressa le visage.  

    -        Oui, tout va bien et je te remercie.

La petite fille esquissa un sourire qui fut repris par l'ensemble des hommes. Le vieil érudit se trouvait parmi des inconnus et avait l'impression d'être en famille. Cette étrange impression ne le quitta plus par la suite.        

    -        Vous avez lu les codex?        

    -        Je crois bien, répondit-il.         

    -        Parfait. Savez-vous si une autre personne a fait de même?

Il répondit que c'était impossible. Il avait du mal à suivre cette conversation car il ne savait jamais qui lui adressait la parole ou plutôt la pensée, parce qu'aucun d'entre eux ne bougeait ses lèvres. Il pensa à l'enseignement du chevalier sans armure.       

    -        Savez-vous où il se trouve?         

    -        Je n'en ai pas la moindre idée. Mais vous?        

    -        Nous savons seulement que c'est l'époque de notre rencontre.       

    -        Ainsi vous avez entendu son appel...         

    -        Oui, c'est exact.

Le réveil des gisants n'avait donc rien à voir avec la visite de la petite fille. C'était donc une simple coïncidence, pensa-t-il.

     -        Moi aussi j'ai entendu son appel...

Il répondit qu'il voyait, mais ce n'était pas encore le cas.

 







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