L'appel du temps

N. Lygeros




Le maître du temps comprit que c’était urgent. Il devait prévenir ses disciples. Désormais, il fallait se retrouver le plus tôt possible. Il quitta son ami, le troubadour aveugle et se dirigea vers la citadelle. Il entra sans éveiller le moindre soupçon de la part des gardes. Ils étaient insensibles à l’esprit du temps. Ils ne fixaient que l’espace. Seul le territoire avait de l’importance à leurs yeux. Les hommes n’étaient qu’un détail dont il ne fallait pas tenir compte. C’était l’unique moyen d’étendre le pouvoir de la barbarie. Le chevalier sans armure le savait et c’était pour cela qu’il devait lancer l’appel du temps. La tour était vide. Une tour vide qui régnait sur le néant. Tel était l’apport de la barbarie. Il monta les escaliers lestement et il se retrouva au niveau des créneaux. Il contempla le pays des pierres. C’était ici qu’aurait lieu le crime contre l’humanité et il faudrait sauver sa mémoire temporelle. Il imaginait déjà le nombre de victimes et il baisa l’horizon de pierre. Il sortit sa lourde épée de son fourreau. Il la leva en direction du ciel et à cet instant la foudre s’abattit sur lui. Elle traversa tout son corps et s’enfuit par le fil de cuivre qu’il avait laissé traîner dans les escaliers. Ainsi la foudre s’engouffra dans la salle de munitions. L’onde de choc ébranla toute la tour mais le chevalier sans armure resta immobile. C’était le signal. La scission de l’espace et du temps avait eu lieu. Ses disciples arriveraient bientôt. C’était une question de temps. Il s’élança par-dessus les créneaux en tenant le fil de cuivre qui entreprit son ascension dans les escaliers de la tour. L’homme et le métal en déséquilibre stable. Tel était le schéma mental du maître du temps. Les gardes virent un homme traverser l’horizon des meurtrières et ils n’en crurent pas leurs yeux. Ils descendirent aussi vite que possible les escaliers mais un fil invisible les marqua à vie. Les uns avaient le visage balafré, les autres les doigts sectionnés. La tour s’emplit de cris d’hommes aveuglés par la colère. Ceux qui parvinrent au seuil de la tour ne purent voir qu’un immense serpent qui s’abattait sur eux mais l’homme volant avait disparu. Le chevalier sans armure arpentait déjà les ruelles de la vieille ville. Il devait la quitter pour aller récupérer ses disciples à l’endroit convenu même si ces derniers ne le connaissaient pas encore. Là-bas ils se prépareraient enfin au combat. La lutte serait sans merci. Ni tournoi, ni joute, aucun code d’honneur n’avait sa place dans la barbarie. Tout serait permis, même l’impensable. Et ils devraient être prêts à souffrir comme jamais aucun homme ne l’avait fait auparavant. Telle était leur mission. Il quitta la ville avec un air dans la tête. C’était celui qu’avait composé son ami le troubadour aveugle. Ainsi commença la guerre de l’humanité et du temps contre la barbarie de l’oubli.







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