Piège temporel

N. Lygeros




La bête immonde était tombée dans le piège temporel du chevalier sans armure et de ses disciples. Elle avait succombé à la messe des morts. Plus rien ne serait comme avant. Les hommes libres s’étaient sacrifiés pour la mettre en échec. Le maître du temps avait perdu tous ses disciples dans la bataille du temps. Ils avaient été démembrés comme les dieux dont on craignait la vengeance. Le chef des barbares les avait décapités devant ses yeux. Malgré les mouvements il ne reçut que le silence en réponse. De rage, il ordonna de lui briser tous les os de son corps avec les têtes de ses disciples. Mais le chevalier sans armure ne fléchît pas. Alors ils l’enfoncèrent dans le sol de force et ne lui laissèrent que la tête en dehors. Ensuite, ils entassèrent sur sa tête les crânes brisés de ses disciples. Ils étaient à nouveau réunis et le maître du temps pleura de joie. Ils l’abandonnèrent ainsi à la merci des bêtes et des vautours. Il ferma les yeux. Ses pieds lui faisaient mal dans la rue de la bombarde. Il sentait en lui les morceaux du temps. Il avait été condamné à vivre. Seulement, maintenant sa blessure était trop grande. Il avait eu la tempe déchirée avant de mourir. Tandis que là il devait vivre brisé. Il repensa aux vishaps de la terre des pierres, les anciens chevaliers sans armure qui continuaient à protéger le peuple de la montagne à travers les siècles. Personne ne voyait les têtes de leurs disciples dans les pierres qui les entouraient. Seuls le temps et l’humanité le pouvaient. Il contempla ses montagnes. Elles étaient toujours restées libres malgré la présence de la bête immonde. Seulement, cette fois, elles avaient un avenir grâce à la volonté d’une poignée d’hommes. La fine lame blanche qui séparait les deux bleus du ciel et de la mer, était venue graver sa mémoire sur la terre des pierres à l’instar de Prométhée. Le feu ne pouvait détruire la lumière. Tel était le piège temporel dans lequel était tombée la bête immonde. La mémoire du futur transcenderait la mort des innocents pour condamner la barbarie des bourreaux. Auparavant l’humanité ne pouvait être qu’une victime. Avec le temps, elle devint juste. Le chevalier sans armure avait traversé les siècles pour combattre la bête immonde. La barbarie ne pouvait demeurer impunie. Elle avait commis un crime contre l’humanité. Et ce crime était imprescriptible, tel avait été le verdict de la justice des hommes. Ils avaient dû mourir pour pouvoir l’accuser de crime mais rien n’aurait pu les détourner de leur objectif. Tel était l’enseignement du maître du temps et de ses disciples. L’humanité et le temps continueraient à lutter contre la barbarie de l’oubli. La bataille avait commencé par un sacrifice humain. Elle ne pouvait se poursuivre que par des humains trop humains. Voilà pourquoi le chevalier sans armure attendait sans bouger au milieu des têtes de ses disciples.

 







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