Culture versus Tradition

N. Lygeros




Paradoxalement le devoir de mémoire n’est pas seulement dirigé vers le passé. Sinon la culture et la tradition seraient synonymes. Il ne s’agit pas seulement de conserver le passé, il faut aussi créer de l’avenir. Certes l’aspect muséologique de la mémoire est très important afin de sauvegarder ce qui risque de disparaître à jamais. Cependant il ne faut pas non plus se focaliser uniquement dans cette direction. Elle est certes naturelle, surtout pour les pays qui ont connu des grandes périodes dans leur histoire. Il existe donc cette tendance qui consiste à mettre en exergue cette période comme référentiel culturel. La conséquence de ce choix, c’est de transformer cette culture en tradition. Car cela revient à rendre statique tout élément de la culture. Une autre conséquence de cela, c’est l’apparition du phénomène de nostalgie qui se transforme parfois en véritable mélancolie. La réalisation de l’incapacité à égaler la grandeur ou même l’envergure de la période considérée, engendre l’abandon de soi. Nous n’observons alors plus que la volonté de conserver pour sauver et non sauver pour créer. La grande période ne sert plus de modèle. Elle n’est plus stimulante aussi nous n’avons pas de phénomène analogue à celui de la Renaissance. Nous ne voyons plus l’équivalent de Leonardo da Vinci aspirer à devenir l’équivalent d’Archimède. Au contraire c’est la conceptualisation de la différence qui peut générer la diversité. La culture va dans ce sens. Elle active le devoir de mémoire pour l’avenir. Elle ne recherche pas la copie mais la création d’un style qui va au-delà de la tradition. Elle ne s’appuie pas sur un artisanat qui devient de plus en plus statique mais sur l’art qui est par définition dynamique. Ne pas oublier son passé ne signifie pas nécessairement le retrouver. Car même dans les retrouvailles il faut se quitter pour se redéfinir. Car le mimétisme ne suffit pas. Une culture axée uniquement sur la tradition, cherche une forme d’immortalité via l’absence de mort. Seulement cette dernière est aussi utopique que l’immortalité. La véritable problématique à mettre en place c’est le caractère mortel de la culture. Le problème n’est pas de ne pas mourir mais celui de l’avenir après la mort. Et c’est là qu’intervient la mémoire car elle représente l’élément phare de la transcendance de la mort. Il s’agit donc d’une crise à gérer et non à éviter car elle est inévitable. Éviter l’inévitable est une voie absurde. Le problème c’est la gestion des inévitables. La tradition se place dans un contexte où l’inévitable n’est pas envisagé ou n’est plus envisagé car il a déjà eu lieu. Alors que la culture a une connaissance aigue de sa mort. Cependant elle se différencie de la mode qui ne cherche qu’à surprendre sans envisager de durer. Dans la mode, la création est avant tout récréation dans un monde futile où domine le présent. Tandis que la culture recherche des codes de mémorisation afin de durer dans le futur. Les hommes sont responsables de la mort de leur culture aussi ils font leur possible pour que cette culture imprègne la suivante et génère ainsi des éléments diachroniques capables d’engendrer la civilisation. Ainsi dans ce cadre de réflexion, la tradition peut représenter un ennemi de la culture. Car elle évite l’évolution pour ne pas avoir à subir une révolution. Néanmoins, une phase révolutionnaire est indispensable même dans le cadre de la simple évolution. Il s’agit d’effectuer un raisonnement non uniforme pour parvenir à une unité globale et pas seulement locale. La recherche ne peut donc se contenter d’un cadre infinitésimal avec pour centre le présent. Elle doit travailler dans un champ asymptotique qui permet d’avoir une vision du futur à partir des éléments du passé.







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