La guerre du temps

N. Lygeros




Tout le monde cherchait à gagner du temps. Le temps était déjà avec lui. Il n’avait aucune raison de rechercher la même chose. Le problème pour lui n’avait jamais été le temps. Il lui appartenait. Il en était profondément conscient. C’était justement pour cette raison qu’il était présent dans cette guerre du passé et du futur, dans cette guerre du temps. Il contemplait la solitude des hommes qui l’entouraient. Ils étaient si nombreux qu’ils ne savaient pas qu’ils étaient seuls. Tandis que lui qui était seul savait combien il était rare. De plus sa mémoire ne le trahissait pas. Il connaissait mieux que quiconque l’origine du surnom du roi assassiné. Il avait encore en tête les trois cents chevaliers nus et humiliés par le sultan. Ils n’avaient survécu au carnage que pour être transformés en monnaie sonnante et trébuchante. Il n’y avait aucune gloire à tirer de ce désastre. Et pourtant, autour de lui, l’oubli dominait déjà. L’insouciance des combattants était affligeante. Ils n’avaient qu’une seule excuse, ils mouraient sans nuire. Cependant la faux ne séparait pas le bon grain de l’ivraie et tout le monde mourait avec pertes et fracas. Il demeura silencieux au milieu du vacarme. Il était nécessaire de penser, l’action ne suffisait pas car elle avait été devancée par la trahison. De cela, il en était certain désormais. Seulement quel avait été le maillon faible. Il avait été aussi discret que possible. Certes le secret absolu n’avait pu être gardé. Les résultats de sa présence dans les rangs s’étaient fait sentir. Sans son intervention, ces hommes qui l’avaient entouré durant le combat se seraient transformés en tombes. Ils n’étaient ni nobles ni chevaliers mais ils étaient vivants. Rien d’autre n’importait dans cette guerre du temps. De plus comment oublier l’infâme traité de Troyes? L’état avait donc envoyé ses émissaires sur l’ensemble du territoire. Le crime s’était organisé pour éliminer la moindre résistance parmi la noblesse française. Seulement l’état avait oublié que certains nobles demeuraient des hommes du peuple. Et le comte faisait partie de ces nobles si particuliers. Ils ressemblaient à tout le monde mais personne ne leur ressemblait. Cette caractéristique les protégeait des ennemis. Seules leurs capacités permettaient de les repérer dans la masse et le fracas des armes. C’était pour cela que le comte diffusait ses connaissances chez les hommes du rang. C’était le groupe qui devait se défendre et réussir à surmonter les obstacles du combat. Seul, il ne pouvait rien faire, avec le groupe, il pouvait changer le cours du combat. L’état avait une position encore plus conservatrice. Il suspectait ces nobles d’être capables de changer le cours de la guerre. Le comte savait que cela restait à démontrer. Pour le moment, ces hommes appartenaient au temps. Il fallait désormais que le temps leur appartînt durant une guerre et cette guerre allait au delà de la durée d’une vie humaine. Il fallait donc transcender ses limites. Et pour cela, même la rareté ne suffisait pas. Le sacrifice serait nécessaire. L’état de la traîtrise le savait et il ferait tout son possible pour l’éviter. Le comte savait que la meilleure des attaques, était la contre-attaque. Aussi il décida que le moment du commencement était venu. Les traîtres étaient déjà parmi eux. Ils seraient donc plus faciles à éliminer dès qu’ils commettraient la moindre erreur. L’un d’entre eux avait commis cette erreur fatale. Il s’en était pris au comte.







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