La messe de Nostre Dame

N. Lygeros




Ils chantaient déjà la messe de Nostre Dame. Voilà ce qu’entendait le maître de guerre en écoutant les hommes crier de joie. À l’instar d’un tableau de l’annonciation où tous les éléments de la crucifixion étaient déjà présents et en même temps invisibles pour les innocents. Le champ de bataille allait au-delà de l’histoire afin de toucher l’avenir qui n’était visible que par de rares personnes. Il ne s’agissait plus de chants grégoriens. Les voix s’entremêlaient pour former un ensemble hétéroclite et il était extrêmement difficile de les distinguer. Aussi personne ne tentait un exploit de la sorte. Seulement le comte n’avait pas besoin d’écouter pour entendre. Son empathie suffisait pour percevoir chacune des voix perdues dans ce vacarme des armes. Il était dans une église à ciel ouvert où le ciel était encore absent et ce, malgré les siècles passés. Il regarda l’orient et l’occident. Ils étaient aux côtés de l’hospitalier. La bataille les avait soudés. Le comte sourit en les voyant ainsi, sains et saufs. Leurs blessures n’étaient que superficielles. Il ne resterait sur leurs corps que les traces nécessaires à la mémoire afin de ne pas oublier cette victoire et ce sacrifice. Durant des semaines, ils avaient préparé ces événements pour changer le cours de l’histoire. À présent qu’ils appartenaient à l’histoire, ils se devaient de contempler l’avenir qu’il faudrait sauvegarder. Néanmoins, la France avait retrouvé une âme et c’était tout ce qui comptait pour le moment. L’invincibilité de la perfidie avait été contestée avec succès même si le prix était exorbitant. C’étaient ces pensées que le comte voulait partager avec ses frères d’armes. Cette musique d’antan était apaisante. Elle permettait de calmer la fougue des hommes après les affres du combat. Elle les touchait comme cette femme exceptionnelle les avait réveillés, pour combattre avec ardeur l’ennemi anglais. Seulement la musique avait de plus un caractère universel. Elle ne se contentait pas d’être, elle se déployait dans le temps pour atteindre les hommes du passé et du futur. Elle était ce lien temporel nécessaire à l’humanité. L’orient et l’occident attendaient patiemment la fin de la messe de Nostre Dame. Eux aussi étaient capables d’entendre cette composition mentale du comte. Quant à l’hospitalier, initié par le passé, il savait déjà combien la chose était importante car il avait connu la mort de près en terre sainte. Tel avait été le paradoxe de sa mission. Un paradoxe tellement proche de l’absurde qu’il fallait être croyant pour le transcender. Cela avait été son cas et c’était pour cette raison que le comte l’avait recherché. Il faisait partie de ces rares hommes capables de réaliser des exploits en appliquant des conseils stratégiques d’autrui. Sa présence avait été nécessaire pour mettre en place la stratégie du maître de guerre. Il avait pu se contenter de cela. Cependant il était désormais conscient que son rôle dans cette guerre du temps, était de se trouver aux côtés du comte. Seule son imagination pouvait prendre le pouvoir car elle était plus importante que le savoir lui-même. Aussi il attendait lui aussi la fin de la composition mentale. Le morceau du comte était un chant initiatique. Il permettait de préparer les hommes non plus à un simple combat mais à une véritable guerre mentale car c’était l’unique moyen de traverser le temps et d’aider l’humanité.







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