L'apport du Holodomor dans la confrontation entre le léninisme et le stalinisme

N. Lygeros




Un des arguments principaux des adeptes de la négation du Holodomor, consiste à dire que la reconnaissance du génocide des Ukrainiens n’est qu’un moyen déguisé pour promouvoir une forme d’anticommunisme réactionnaire. La difficulté de la réponse à ce genre de critique, c’est qu’elle est d’ordre idéologique et qu’elle n’appartient plus véritablement au cadre des défenseurs des droits de l’homme. Cette approche est non seulement inefficace mais elle est de plus, largement insuffisante. En réalité, il est très facile de la contrer grâce à la propre histoire du communisme en Russie. Si l’Holodomor accuse un régime, ce n’est ni le régime communiste ni le régime soviétique mais bien le régime stalinien. Il ne peut s’agir d’un anticommunisme primaire car l’accusation de crime contre l’humanité est tout à fait contextualisée dans le temps et dans le lieu. De plus, il ne peut y avoir d’amalgame entre la politique de Lénine et celle de Staline même si ce dernier, après la mort du premier, a tout fait pour s’identifier dans le but de renforcer sa propre position au sein d’un pouvoir remis en cause. Nous en sommes arrivés via ce processus à identifier le stalinisme avec le marxisme-léninisme, ce qui représente non seulement une absurdité idéologique mais aussi une erreur historique. Dans tous les cas, les faits historiques sont là. Ils aident à la compréhension de la différence essentielle entre Lénine et Staline.  L’Holodomor est considéré comme une simple famine par les partisans de Staline et non une destruction systématique volontaire. Pour mettre en évidence les différences, considérons une situation prétendument comparable. Durant l’été 1921, de grandes sécheresses en Union Soviétique eurent pour conséquence une grande famine. Mais le nouveau régime ne pouvait faire face à cette catastrophe. Aussi le 2 août 1921, Lénine demanda l’aide de tous les travailleurs des pays industriels.

Cette action n’est évidemment en rien comparable à la fermeture des frontières mise en place par Staline. A cet appel de Lénine, répondit le Secours International des Travailleurs (en anglais : International workers Aid, en allemand : Internationale Arbeiter Hilfe) dont le siège social était à Berlin.

Les membres fondateurs de cette organisation étaient Henri Barbusse, Albert Einstein, Anatole France, Leonhard Frank, Georges Grosz, Käthe Kollwitz et Clara Zetkine. C’est dans ce cadre-là que fut conduit le projet Help Russia dans lequel Käthe Kollwitz participa de manière artistique à travers ses fameux posters.

Quant à Clara Zetkine, elle avait un contact direct avec Lénine comme le prouve cet extrait :

Lénine à Clara Zetkine :
« Nous ne pouvons pas exercer la dictature du prolétariat sans avoir des millions de femmes avec nous. Nous ne pouvons pas non plus entreprendre la construction du communisme sans elles. Nous devons trouver les moyens de les atteindre ... Nos idées organisationnelles surgissent de nos conceptions idéologiques. Nous ne voulons pas d'organisations séparées de femmes communistes ! Une femme communiste appartient au Parti de la même façon qu'un homme communiste. Ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs.… Cependant nous devons voir la réalité en face. Le parti doit avoir des organes qui ont comme but spécifique de mobiliser les masses larges des femmes. » T. Cliff, p141.

Aussi comment défendre la thèse d’un anticommunisme primaire avec ces éléments. L’Holodomor n’a pas été traité comme un cas de famine ou de manière plus générique encore, de catastrophe naturelle. Son existence démontre la différence essentielle entre le léninisme et le stalinisme. Lénine n’a pas hésité à faire intervenir les travailleurs étrangers dans un cadre communiste. Aussi cessons ces critiques fallacieuses. A l’instar de la Shoah qui accuse le nazisme et non les Allemands ou les socialistes, l’Holodomor accuse le stalinisme et non les Russes ou les communistes.







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