Réflexions sur le cadre perspectif de Vincent

N. Lygeros




Le problème de la perspective est essentiel chez Vincent van Gogh. Certainement pas dans le sens de Leonardo da Vinci où la découverte dominait l’utilisation, mais malgré tout fondamental dans le sens de l’évolution de la peinture ou pour être plus précis dans celle souhaitée par le maître hollandais qui s’exprimait enfin dans le midi de la France.

« J’attache de l’importance à l’emploi du cadre puisqu’il ne me semble pas improbable que dans un avenir peu éloigné plusieurs artistes s’en serviront, de même que les anciens peintres allemands et italiens sûrement, et je suis porté à le croire pas moins les Flamands s’en sont servi. »

Par cette remarque, Vincent van Gogh ne montre pas seulement sa préférence pour l’exploitation du cadre perspectif mais aussi son approche universelle du problème. Il ne considère pas qu’il s’agit d’un point de vue personnel, non nécessairement partagé par ses collègues artistes. Il est dans son monde intérieur et l’extérieur n’est qu’une simple projection du premier. Cependant il est conscient des difficultés internes de cette nouvelle application.

« L’emploi moderne de cet instrument peut différer de l’emploi qu’anciennement on en a
fait, [...] »

Même s’il les écartait en exploitant une très belle analyse fonctionnelle.

« [...] mais n’est-ce pas de même qu’avec le procédé de la peinture à l’huile, on obtient aujourd’hui des effets très différents de ceux des inventeurs du procédé : J. et Hubert v. Eyck ? »

L’analogie peut être acceptée ou pas dans la problématique du cadre perspectif mais il faut avouer que la remarque est juste dans le cadre général. En effet l’outil ne se définit pas pleinement par sa fonction. Une nouvelle approche du même outil peut lui donner un autre sens qui peut par la suite effacer complètement le sens initial. Ce type de schéma mental est visible dans la découverte et l’exploitation du téflon qui était initialement prévu pour la canne à pêche.

« C’est pour dire que j’espère toujours ne pas travailler pour moi seul, je crois à la nécessité absolue d’un nouvel art de la couleur, du dessin et de la vie artistique. Et si nous travaillons dans cette foi-là, il me semble qu’il y ait des chances pour que notre espérance ne soit pas vaine. »

Cette fois Vincent van Gogh est tout à fait explicite envers son frère, Théo qui connaît bien son approche. Il éprouve néanmoins le besoin de justifier son positionnement sur le cadre perspectif dans un champ beaucoup plus général. Son frère, certes plus pragmatique, est lui aussi conscient de la nécessité d’envisager ce type de réforme, mais Vincent, en tant que peintre, la précise jusque dans l’utilisation de l’outil de l’artiste. C’est dire combien il voit cela de manière transversale. À toutes les échelles, le changement est nécessaire pour lui, seulement comment dépasser les contraintes sociales ? Seule sa peinture a pu y parvenir.







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