Sur l’unicité de l’humanité

N. Lygeros




Dans le prologue de son livre intitulé : The universe in a single atom , Tenzin Gyatso, le XIVe Dalaï-lama écrit : « Parce que je suis sincèrement internationaliste, l’une des qualités qui m’ont le plus touché chez les scientifiques est leur étonnante bonne volonté à échanger leur savoir sans tenir compte des frontières. » Et il précise à ce sujet : « j’ai senti dans cet état d’esprit une reconnaissance implicite de l’unicité de l’humanité et une absence de sens de la propriété tout à fait libératrice en matière de savoir ». Certes les scientifiques eux-mêmes conscients des querelles de chapelle, des difficultés de publier, de la concurrence dans les brevets auront tendance à mettre un bémol à ce type d’informations sur la forme, même si dans le fond ils sont essentiellement du même avis. Or dans ce domaine seul le fond importe. Il apparaît donc que la science représente un monde concret où s’applique d’une part un principe anarchiste, à savoir que la propriété c’est du vol selon les termes de Joseph Proudhon et d’autre part la réalité de l’humanité. Cette combinaison unique constitue à elle seule un beau contre-exemple aux inepties sociales sur les problèmes de la globalisation. Cette existence n’implique pas l’absence d’écoles de pensée et de traditions. Au contraire, elle s’enrichit de cette diversité. L’absence de frontières rigides et même hermétiques parfois, permet une évolution de la pensée, tout simplement impossible en d’autres circonstances. Dans ce cadre conceptuel, les nationalismes sont tout simplement dépourvus de sens, car ils correspondent à des structures incapables de supporter l’existence réelle et fondamentale des singularités. Or le réseau de ces dernières forme le substrat de ce que nous nommons de manière quelque peu abstraite, l’humanité. Le confinement des connaissances scientifiques ne peut être d’aucun secours. C’est aussi pour cette raison que nous devons nous méfier des excès de la spécialisation. Car en voulant augmenter le rendement de la science, elle finit par en perdre l’esprit. Tandis que la science représente un paradigme pour la réalisation de l’humanité et surtout pour sa compréhension à l’échelle humaine. En effet, même si l’existence de l’humanité n’est pas attestée pour les simples d’esprit, la science incite indubitablement à penser à son unicité. Certes cela n’implique rien sur son existence. Cette propriété est avant tout d’ordre structurel. Aussi il n’est pas surprenant qu’elle n’ait pas laissé insensible une personnalité du monde spirituel comme le Dalaï-Lama. Même si la réalisation n’est pas immédiate et son accès est difficile, il n’en demeure pas moins que sa théorisation est nécessaire. Or celle-ci est avant tout mentale. L’unicité de l’humanité doit être considérée comme une théorie mentale dans le sens de la théorie des schémas mentaux. Dans cette théorie, où les nations fonctionnent comme des systèmes dynamiques, les frontières ne se définissent pas aisément, car nous observons de nombreux phénomènes de percolation entre différents domaines. Il est donc préférable de saisir la nature des attracteurs et leurs bassins d’attraction de manière plus formelle. Or, l’un de ces attracteurs, c’est justement l’unicité dans la diversité. En d’autres termes, il s’agit de la multiplicité de l’unicité et non de l’unicité des multiples. C’est en ce sens que l’humanité devient un concept plus accessible pour les hommes du savoir.







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