Sur le Petit Journal

N. Lygeros




Dans le cadre de la reconnaissance du génocide des Arméniens, les survivants et les justes se demandent sans cesse comment prouver non seulement l’existence des victimes mais surtout leur destruction systématique.

Bien souvent nous ne trouvons pas les arguments qui conviennent car les gens sont essentiellement indifférents lorsque cela ne concerne pas leur histoire. Ils nous faut donc trouver d’autres moyens d’informer pour convaincre sans utiliser des données par trop techniques comme les archives secrètes des états ou des méthodes de la rhétorique qui seraient aisément caractérisées de propagandistes par les fanatiques de l’oubli et de l’indifférence.

C’est en discutant avec notre ami chypriote Michalis Vassiliou que nous avons eu l’idée d’aborder cette problématique sous un nouvel angle d’attaque. En effet, au lieu de chercher à transmettre des connaissances étrangères, avec le problème de la transcription, pourquoi ne pas examiner l’histoire de l’état cible et de déceler des éléments probants une fois rendus accessibles.

C’est dans ce cadre que nous avons orienté nos recherches sur le Petit Journal et pas seulement comme nous le montrerons dans une étude ultérieure. Le Petit Journal comme son nom l’indique est un journal français ou pour être précis, selon la terminologie actuelle franco-français. Nous entendons par là qu’il ne provient pas d’une vision arménienne. Il s’agit d’une source absolument française. Le petit Journal étant d’une grande régularité, il est aisé non seulement de l’examiner sur internet mais aussi de se procurer des exemplaires d’époque. Les illustrations et en particulier les couvertures du petit Journal sont fameuses parmi les français cultivés. Il appartient en somme au substrat collectif français alors pourquoi ne pas examiner par exemple le Petit Journal de 1915.

Le choix de la couverture de la semaine correspondait toujours à un événement qui faisait naturellement sensation, étant donné le style du journal. Devons-nous préciser que l’une de ses fameuses couvertures représentait les massacres d’Arméniens commis par les Turcs ? L’image parle d’elle-même. Ainsi lorsque vous devez convaincre des amis français de prendre position sur un événement aussi important que le génocide, n’hésitez pas à emprunter un raisonnement non uniforme, et leur montrer une information futile au premier abord. Seulement, après cela, ils seront sensibles car ils sauront que leurs ancêtres accusaient déjà le crime commis à travers le Petit Journal. C’est dire combien cela touchait une vaste population. Il ne s’agit pas de démontrer l’impensable mais de montrer ce qui a été publié en France à cette époque où le génocide faisait la une.







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