Ludwig I

N. Lygeros




Martine : Il a quelque chose cet enfant...

Patrice : Tous les enfants ont quelque chose...

Rémi : C'est faux ! (Un temps.) Certains n'ont rien !

Martine : Ce n'est pas ce que je voulais dire...

Yoann : Dis-nous plutôt ce que tu voulais dire alors...

Martine : Cet enfant est différent...

Anne-Marie : Ne sont-ils pas tous différents ?

Philippe : Certains sont plus différents que d'autres.

Patrice : Sur quel plan ?

Martine : C'est cela qui me gêne le plus... (Un temps.) C'est l'ensemble qui...

Yoann : Il faudrait être plus précise... (Un temps.) Sinon nous n'allons pas nous en sortir...

Rémi : Si c'était simple nous ne serions pas en train d'en parler.

Anne-Marie : C'est vrai. Néanmoins...

Martine : Quand je lui parle, je ne sais pas s'il me comprend. Et quand il me parle, je ne sais pas si je le comprends.

Patrice : Quelle étrange dialogue !

Philippe : Je crois que la plupart des dialogues sont ainsi...

Yoann : Seulement peu de gens veulent l'accepter.

Rémi : Ils font tous semblant de comprendre les autres.

Anne-Marie : Et les autres font semblant de les comprendre.

Martine : Alors vous voyez bien qu'il a quelque chose !

Rémi : Tu veux dire qu'il est franc ?

Patrice : Et que tu sais à quoi il pense ?

Philippe : Si c'est le cas alors il est vraiment différent.

Anne-Marie : Tu dis que ce qu'il dit c'est uniquement ce qu'il pense ?

Martine : Seulement il ne dit presque rien.

Rémi : Cela ne signifie pas qu'il ne pense pas.

Philippe : Au contraire, peut-être que tout est pesé avant d'être dit.

Yoann : Or tout est pensé avant d'être dit.

Anne-Marie : C'est la première fois que j'entends parler d'un enfant qui ne dit que ce qu'il pense et qui dit tout ce qu'il pense !

Martine : Il est déjà différent en ce sens...

Patrice : Et dans quel autre ?

Martine : Ce qu'il dit n'est pas ce que nous pensons.

Rémi : Est-il vraiment si différent ?

Yoann : Est-ce vraiment si étrange ?

Anne-Marie : C'est rare tout de même, il faut bien l'avouer.

Philippe : Si c'est concevable alors c'est pensable.

Martine : Mais est-ce convenable ?

Rémi : Convenable pour qui ?

Yoann : Convenable pour quoi ?

Patrice : Pour les autres, pour le bien de la société ?

Philippe : Ou tout simplement pour sa survie ?

Martine : C'est sa vie qui me préoccupe, non sa survie !

Patrice : Il est donc malade ?

Anne-Marie : Ne le sommes-nous pas tous ?

Philippe : La différence, c'est qu'il est peut-être le seul à le savoir.

Rémi : Dans ce cas, cet enfant est effectivement spécial.

Martine : Je ne sais pas s'il est spécial mais en tout cas, il a des besoins spéciaux.

Patrice : De quel ordre ?

Anne-Marie : S'il est comme nous le pensons, ils sont de tous ordres.

Rémi : Mais s'il est différent ?

Yoann : Quoi qu'il en soit, nous devons faire quelque chose !

Martine : Oui, cela est certain.

Philippe : Nous devons apprendre à le connaître.

Patrice : Mais comment ?

Rémi : Nous commencerons par les choses simples.

Anne-Marie : Quel est son prénom ?

Martine : Ludwig !

(Silence.)







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