21209 - Le problème de la représentativité.

N. Lygeros

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Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le problème de la représentativité n’est pas seulement académique et formel, il est aussi pertinent dans des domaines très concrets comme la statistique avec la notion d’échantillonnage mais aussi dans les sciences humaines et sociales. Sur le plan théorique il permet d’asseoir la théorie de Ramsey mais aussi celle d’Erdös-Renyi via la notion de distribution. Dans tous les cas, la représentativité est capable d’évaluer une situation et d’en déduire un comportement, surtout si elle est incorporée dans un système dynamique. C’est dans ce sens qu’elle est pertinente comme entité en théorie des catastrophes, en théorie des jeux et bien sûr en théorie de la bifurcation. Plus concrètement, elle met en évidence la problématique de la relation fondamentale entre un groupe et un sous-groupe, dans le sens où celui-ci revendique via son ontologie la téléologie de l’ensemble. Cette problématique est particulièrement pertinente dans des situations de crises puisque la gestion de celles-ci n’est pas confiée à l’ensemble mais à un petit sous-ensemble. De cette manière, elle a des implications dans le domaine des négociations puisque dans ce sens, par nature des choses, nous avons une réduction inhérente des effectifs, tout en considérant parallèlement que cette projection est fidèle et qu’elle permet évidemment un retour aux ensembles initiaux. Ce contexte est ainsi le cadre dans lequel va jouer le champ de la négociation, sur lequel va s’appuyer le champ d’action, avant l’intervention du champ de confrontation. Il est donc essentiel de l’étudier, et ce, particulièrement dans des conflits qui s’enlisent et qui ont une durée qui dépasse plusieurs décennies, puisque dans ce cas, apparaît le problème de la continuité mais aussi de la succession. Ce point est particulièrement important lorsque nous gérons des problèmes qui ne sont pas restreints au cadre étatique car dans cette situation intervient aussi le statut de la légitimité. En effet, ceci provient du fait que la légitimité a besoin d’un support temporel et ceci n’est possible véritablement que lorsque nous avons une historicité bien établie. Il est vrai cependant que certaines idéologies considèrent que l’histoire est morte, et ne se préoccupent pas particulièrement de ce problème car elles s’appuient sur la notion de table rase. Cette approche se veut révolutionnaire du point de vue synchronique mais elle est dépourvue de sens diachronique. Aussi elle doit se justifier par un mode d’action qui comporte une certaine constance voire une rigidité pour prouver un statut basé sur un schéma d’opposition à l’évolution sinon elle pourrait théoriquement et concrètement s’aliéner au point d’être dénaturée. La conséquence de cette approche est très claire dans des situations conflictuelles qui durent. Car sans résultats tangibles, en raison d’une résistance au processus de négociation, elle reste confinée dans un carcan qui ne permet aucune évolution aussi elle provoque une lassitude de sa base et elle devient même vulnérable face à des tendances encore plus extrêmes qui se base sur des actes concrets pour asseoir une légitimité certes formelle mais efficace dans le sens où elle permet l’existence d’un point d’accumulation autour duquel peut se construire une plateforme d’action polyvalente. Une autre implication de cette approche, c’est le besoin d’un soutien extérieur, au moins sur le plan logistique car cette situation n’est pas viable dans un cadre de confinement conflictuel. A la croisée de ces deux implications, se trouve le mode opératoire non pas de l’action car celle-ci est limitée et d’envergure aussi son impact est indiscernable. La structure elle-même a besoin de soutenir son activité, aussi elle se trouve naturellement sur le chemin de la criminalité qui lui permet d’avoir un apport nécessaire sur le plan financier. Seulement il s’agit déjà d’une modification de taille de la matrice initiale. Puisque l’idéologie ne peut supporter son action, son activité change pour soutenir l’idéologie qui s’avère de plus en plus creuse. Car finalement l’histoire continue à vivre et à évoluer malgré les revendications initiales. C’est à ce niveau donc que s’effectue la première bifurcation dans le comportement de la cellule. Seulement celle-ci n’est pas sans conséquence pour l’ensemble du corps qui réalise peu à peu que l’objectif initial prétendu n’est en réalité qu’un moyen de subvenir à ses propres besoins. Seulement du même coup, ce qui était auparavant un bassin d’attraction pour l’ensemble des personnes représentées, se transforme peu à peu en bassin de recrutement pour d’autres structures qui ont des revendications, certes plus extrêmes, mais finalement plus concrètes en raison du mode opératoire. Ainsi la structure initiale se vide de son sens et peu à peu de ses militants. A ce moment, s’opère la deuxième bifurcation, puisque l’idéologie initiale est remplacée par une autre beaucoup plus proche de ses concurrentes afin d’enrayer la fuite de ses membres. Seulement ce changement perd de sa représentativité vis-à-vis des personnes qui revendiquent ce qui a été présenté comme l’unique et ultime but. L’ensemble de ces considérations qui peuvent sembler, au premier abord mais au premier abord seulement théoriques, sont tout à fait concrètes dans le cadre du problème du Sahara occidental, même s’il est applicable à d’autres situations comme c’est le cas pour Chypre. Ainsi le problème de la représentativité éclaire cette problématique sous un jour nouveau et pose un problème de fond à savoir non pas quel est le but des négociations mais finalement qui négocie avec qui, et selon quel critère ? Car la problématique est là. Si nous avions deux entités étatiques sans nécessairement avoir des états-nations pour les deux, puisque cela est impossible historiquement parlant, les choses seraient plus claires, les revendications autres et la résolution différente. Seulement nous avons un intermédiaire qui est sensé être représentatif de la situation alors qu’il ne représente qu’un épiphénomène de la situation. Il est vrai qu’il est préférable comme couverture d’action mais pas dans une situation qui s’enlise dans le temps. Car dans ce sens, nous observons des frictions prévues par Clausewitz qui finissent par dénaturer la problématique initiale. Aussi il est nécessaire d’incorporer cette composante radicale dans un processus plus vaste qui ne tient pas seulement compte des restrictions trop restrictives mais des enjeux plus globaux afin de discerner les véritables objectifs d’une négociation de fond qui permet d’obtenir un équilibre de Nash si ce n’est de Pareto. Car même si le point de litige n’évolue pas de manière aussi intrinsèque, il ne cesse d’évoluer de façon extrinsèque. En effet la situation globale évolue. Ceci est visible aussi bien pour la succession des résolutions des Nations Unies au cours des décennies mais aussi de la géopolitique globale. Aussi le problème du Sahara Occidental n’est plus considéré comme une anomalie du point de vue de la théorie des systèmes dynamiques mais au plus comme une singularité qui peut être codée comme une catastrophe de pli selon la terminologie de René Thom. A ce niveau, il est utile de recontextualiser le problème du référendum non pas du tout du point de vue de la problématique du corps électoral mais sur le fond. Car de plus en plus, nous utilisons son expression comme une condition sine qua non sans déterminer précisément son contenu. Car c’est ce contenu qui lui donne son essence démocratique, sinon il ne représente qu’un consensus manufacturé uniquement formel. La encore intervient le problème de la représentativité puisque c’est celui-ci qui va imposer les fondements de ce choix. Le statut d’intermédiaire pose, par nature, un problème de fond. L’intermédiaire est-il capable d’imposer un choix ou transmet-il simplement une volonté extérieure ? Lui-même est-il représentant légal et démocratique d’une volonté populaire ? La population elle-même considère-t-elle qu’elle est représentée justement ? Ces questions sont fondamentales dans le cadre du processus de résolution et pas seulement de négociations. Car ces dernières ne sont pas seulement une fin en soi. Et la résolution doit être stable et robuste au sens de la théorie de graphes. Car le réseau des relations existantes ne doit pas être sensible à des attaques extérieures. Dans ce sens, il est évident qu’il est nécessaire de comprendre de manière globale le processus et d’avoir une approche holistique d’une résolution, car nous parlons d’hommes, de femmes et d’enfants qui ne sont pas maîtres de leur condition et qui sont pris en otage pour tenter d’imposer un point de vue qui perd son sens au cours des décennies, car il n’est pas fondé sur une historicité intangible. Même la notion de Sahara occidental, il faut bien le définir pour ne pas tomber dans le piège de l’intermédiaire, il s’agit bien d’avoir une structure humaine qui vit dans une région et non d’un artifice politique qui ne serait pas viable dans le temps. De facto, le Sahara occidental appartient à une zone d’instabilité alors qu’il pourrait de jure être une région non seulement mais apte au développement économique et social pour bien de la population dans son ensemble. Car le véritable objectif n’est pas de donner des perspectives au peuple car il n’est pas uniquement un ensemble d’individus mais une véritable entité humaine qui a besoin de vivre en paix. Aussi les solutions proposées ne doivent pas être seulement crédibles mais applicables et réalistes afin de ne pas être vulnérables. La situation dans les camps de réfugiés n’est pas supportable sur le plan humain. Ainsi un processus de réparation doit être mis en place en se basant sur la notion de représentativité afin de ne pas engendrer d’autres problèmes par la suite. Il est donc important de prendre des initiatives de désengagement pour désamorcer une situation de crise qui n’a pas lieu d’être dans le cadre de l’évolution globale de la géopolitique de la région. Le Sahara occidental a le droit de vivre et de choisir son cadre de vie dans le respect du peuple qui n’a pas besoin d’intermédiaire pour s’exprimer librement et humainement.