22534 - Schémas mentaux stratégiques du Traité de Karlowitz

N. Lygeros

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Le fait que le Traité de Karlowitz date de 1699 pourrait permettre de croire qu’il ne représente pas d’intérêt stratégique dans l’analyse que nous faisons du XXième siècle. Néanmoins avec les éléments de ce début de siècle, nous mettons en évidence des schémas mentaux diachroniques qui même s’ils avaient été oubliés par les sociétés contemporaines, n’en demeurent pas moins valable. Ce traité qui constitue le premier recul tangible des possessions turques en Europe, montre en même temps la puissance des liens historiques de la stratégie de la Sainte Ligue qui regroupe le Doge de Venise, le Roi de Pologne et l’Empereur des Habsbourg. Le changement de phase s’effectue à partir de l’échec ottoman au siège de Vienne en 1683. C’est d’ailleurs grâce à cela que la Sainte Ligue prend sa forme pour mettre en place des assauts systématiques par les forces chrétiennes contre la turcocratie. Il s’agit de remettre à sa place un empire non européen. Les victoires chrétiennes à Buda en 1686, à Belgrade en 1688 et à Zenta en 1697, forcent les ottomans à négocier car ils ne sont plus en mesure de protéger les territoires qu’ils savaient envahis. Ainsi ils cèdent à Venise la Morée, la Podolie à la Pologne et la Hongrie à l’Empereur. Par ce biais, nous voyons l’apparition d’un polytope stratégique qui provient de la création de la Sainte Ligue et qui opère de manière topostratégique à savoir sur des territoires qui ne sont pas en contact et qui n’ont pas de lien direct. Ces victoires ne sont pas encore tout à fait stables mais elles démontrent qu’il existe une possibilité de mener plusieurs fronts simultanément afin de mettre en défaut une tactique envahissante qui s’est enfoncée en Europe. Par ailleurs, l’activation du front russe à l’arrière de l’invasion turque va créer une tenaille qui finira par créer un point triple de contact sur le plan dynamique.