4828 - Transcription du télégramme 4 d’Alexandre Carathéodory (14/06/1878)

N. Lygeros

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Le 14 Juin 1878

N°4

Secret et confidentiel.
Prière à Serka Effendi de déchiffrer
lui-même.
Nous venons d’être présentés par
notre Ambassadeur à la lettre A.
La lettre A nous ayant parlé de
notre voyage, je lui donnais des expli-
cations pour notre retard et lui ex-
primais des regrets de n’avoir pu :
assister à la première séance. La
lettre A nous dit alors vous n’avez
pas beaucoup perdu. Cette séance
ayant été consacrée pour ainsi dire
à de simples formalités. Maintenant,
ajouta-t-il, je vais vous parler avec
une franchise que vous ne trouverez
pas facilement chez un autre.
Le congrès se réunit dans un but
de pacification. Le traité de San
Stéfano a touché aussi à des intérêts
Européens qui coïncident avec les
votres. Il s’agit aujourd’hui d’en
modérer la sévérité. Il y a des
sujets du Sultan qui pensent. /.
2/qu’un conflit Européen pourrait
profiter à la Turquie. Si pareille
chose arrivait le résultat ne
serait pas ce qu’ils pensent. Il ne
faut pas se tromper là-dessus.
Je lui répondis que S.M et
son Gouvernement avaient toujours
ardemment souhaité la réunion
du Congrès comme moyen d’arriver
à la solution pacifique des
difficultés qu’ils sont on ne
peut plus heureux de voir cette
œuvre réalisée sous les auspices
d’une grande puissance désintéressée
et placée sous la présidence
d’un homme dont le nom
constitue une garantie de succès
des plus précieuses. Reprenant
la parole la lettre A revient
sur l’idée qu’il existe des
sujets du Sultan qui croient
qu’en appuyant celui des membres
de la Conférence qui pourrait
désirer la non réussite du
Congrès ils feraient quelque chose. /.
3/d’utile. Là dessus la lettre
A répéta ses précédentes énoncia-
tions et ajouta que si par suite
de la non réussite du Congrès la
guerre venait à éclater entre
les puissances Européennes, au
bout d’un ou de deux ans de
lutte on pourrait s’arrêter
à des solutions encore plus préju-
diciables à nos intérêts. Je répétai
mes assurances sur les intentions
officielles de S.M. et de son Gou-
vernement en lui affirmant que
j’étais certain d’être sur ce point
l’interprète de leur véritable
pensée, qu’il peut se faire qu’il y eut des individus isolés,
qui voyant que le sort qui nous
avait si maltraités ne nous
avait pas complètement abattus,
entretiennent d’autres idées, mais
que la Turquie au lendemain
d’une guerre des plus douloureuses
n’avait jamais pensé qu’elle
dût chercher son profit dans
un renouvellement des calamités
qui venaient à peine de se terminer.. /.
4/et que le Congrès fournirait
bien certainement l’occasion
aux plénipotentiaires ottomans
de donner des preuves de la
vraie pensée de leur gouvernement.
La lettre A me parut prendre
acte de mes assurances avec une
apparence de satisfaction.
Comme je n’ai pas pu encore voir
d’autres membres importants
du Congrès qui la portée de
ce qui s’est passé à la première
séance n’est pas bien connue,
que les esprits ne semblent
pas tout-à-fait rassurés et
que nous avons avant tout
besoin absolu si nous voulons
arriver à quelque chose, de
nous faire bien venir de la
part de la lettre A, j’ai
pensé qu’il y avait lieu de
ne pas aller plus avant. Notre
Ambassadeur me dit que ja-
mais la lettre A n’avait encore
parlé si ouvertement. Il croit
5/

Voir le chiffre

et je partage son opinion, qu’
il serait très utile qu’une réponse
de votre Altesse me fournit
le moyen de revenir à la
première occasion sur les assurances
de bonnes dispositions de notre
part, afin de parvenir à aborder
la nécessité d’inspirer à l’
autre partie des sentiments
modérés. L’essentiel est d’
entretenir la conversation
directe avec la lettre A
qui occupe une position
tout à fait extraordinaire.