5544 - Sur le Congrès américain et le génocide des Arméniens

N. Lygeros

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23 contre 22. Tel est le résultat de la première bataille livrée au Congrès américain sur la reconnaissance du génocide des Arméniens. Malgré les pressions politiques et l’incrédulité des partisans, le résultat est là. Quant à la réponse de la Turquie, nous n’en avons que faire. Il s’agit d’un acte diplomatique qui n’est que l’aveu d’un désarroi face à la défaite imprévue. Cela fait partie des dommages que la prétendue puissance du lobby turc aux États-Unis, est incapable de prévoir. Cette victoire n’est pas indépendante de la prise de position de la diaspora juive face à la reconnaissance du génocide des Arméniens. Ce changement de phase effectif seulement depuis quelques années commence à porter ses fruits au-delà des simples relations entre la diaspora arménienne et la diaspora juive. L’impact est sensible sur l’ensemble des États-Unis même si cela n’est pas du goût de tous. Il est intéressant de noter que le Président américain a tenté de mettre un terme à la procédure mais en vain. Cela prouve l’existence de faiblesses même au sein de ce que tout le monde considère comme une toute puissance qui était a priori positive au sujet de la reconnaissance du génocide des Arméniens. Comme quoi les guerriers de la paix ne doivent pas se contenter d’attendre comme le préconisaient certains. La reconnaissance du génocide des Arméniens ne peut se permettre d’attendre. C’est à nous de nous battre sur tous les fronts et d’être prêts à affronter les défis que nous lancent la diplomatie et l’appareil turc. Dans le cadre de ce travail de propagande sur le génocide des Arméniens, il est nécessaire d’attacher de l’importance à la vérité car c’est la seule qui soit capable de résister.

Le résultat de ce vote montre que la vigilance ne suffit pas en elle-même. Il est nécessaire de prendre des initiatives afin de contrer les futures attaques car pour la Turquie, la négation du génocide des Arméniens n’est pas un détail du passé comme le pensent certains qui sont indifférents à notre cause. Le génocide des Arméniens est un problème fondamental car l’état turc n’existe réellement qu’après les génocides des Arméniens, des Assyro-Chaldéens et des Pontiques. Aussi tout résultat de ce genre est une remise en cause de leur politique et pas seulement extérieure. Noam Chomsky accuse les Américains d’utiliser la guerre comme politique extérieure. Et il n’est pas exagéré d’affirmer que les Turcs ont utilisé le génocide comme politique intérieure, et ce n’est qu’avec le génocide de la mémoire qu’ils sont passés à une politique extérieure, c’est-à-dire à une diplomatie des affaires étrangères. Si nous ne tenons pas compte de ces principes alors nous sommes incapables de comprendre l’action de la Turquie actuelle. Car le dogme néo-ottoman n’est qu’une tentative de plus d’effacer les erreurs du Kémalisme, en mettant de côté le problème du génocide des Arméniens, afin de mieux le court-circuiter dans le cadre des conventions internationales. Ce nouveau résultat est un coin qui s’enfonce dans la structure monolithique de la politique turque. Elle ne peut pas ne pas tenir compte de cela dans le cadre de ses contacts malgré l’omniprésence de son dogme négationniste. Aussi elle va tenter par tous les moyens de l’effacer en faisant obstacle à l’adoption de cette résolution par l’ensemble du Congrès américain. Ainsi nous devons plus que jamais poursuivre nos efforts.