5921 - Sur la résistance humaine

N. Lygeros

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Les régimes totalitaires ne misent jamais sur les hommes. Toute leur stratégie est basée sur la notion d’individu et ce de manière exclusive. Seule la résistance humaine peut lutter efficacement contre eux. Ainsi l’histoire montre de façon implacable l’erreur de jugement de Jean-Paul Sartre par rapport à Albert Camus. L’un croyait en l’histoire et l’autre en l’homme. L’histoire n’a pas cru le premier alors que les hommes continuent de penser au second. La dureté des mots n’ont pu éviter la chute. Et le mur n’a pas résisté à l’homme révolté. Seulement il aura fallu attendre des décennies avant de voir le voile se déchirer. Un régime totalitaire n’est pas une solution pour combattre un autre régime totalitaire. Car les deux tentent par tous les moyens d’écraser les hommes afin d’assurer leur avenir qui n’est autre qu’une forme de présent éternel. Il n’y a que l’homme pour mettre un terme à cette éternité sociale. Ni le nazisme, ni le communisme n’ont été des solutions pour l’histoire et encore moins pour l’humanité. Telle est la leçon d’un absurde cohérent démontré par l’action programmatique d’Albert Camus. Cependant il a été essentiellement seul tout au long de sa vie de juste et ce n’est que la postérité qui justifia les choix de son existence. Il est donc nécessaire d’être prudent avant de juger les hommes capables de tout car ils sont les premiers hommes.

Il est tout aussi indispensable d’interpréter la cause arménienne dans ce même cadre conceptuel. La stratégie actuelle de la cause arménienne est sur le fond avant tout défensive. Comme si l’histoire pouvait avancer sans l’intervention de l’homme. La revendication de la reconnaissance du génocide ne peut être un but ultime. Il est déjà nécessaire de prévoir la suite non seulement du processus de réparation mais aussi de ce que nous devons laisser à l’avenir d’un peuple qui vit grâce à son courage mais dans une incertitude certaine. L’arménité n’est pas et ne peut pas être seulement un souvenir de la résistance du passé. La voie existe déjà cependant qui osera l’emprunter pour mener le peuple arménien non pas à une paix mais à une dignité humaine face à la barbarie d’un appareil de propagande turc qui ne se contente pas d’être le piètre successeur de l’Empire Ottoman via les Jeunes Turcs et Kémal mais tente de placer ces derniers dans une parenthèse formelle afin d’atteindre une forme néo-ottomane qui ne laisse aucune place à la cause arménienne. Si nous ne réalisons pas cela et nous insistons à poursuivre la même voie, il ne faudra pas s’étonner si nous vivons à nouveau la nostalgie des hommes tels qu’Albert Camus.